jeudi 14 octobre 2010

Quand un élève pilote croise un pilote pro

Le doigt sur la carte, je suis mon trait en essayant de ne pas trop me perdre. La visibilité n'est pas extraordinaire, et le petit élève pilote que je suis a un peu de mal à être sûr de sa position. Et pourtant, j'aimerais bien qu'elle soit réussie, cette nav ! C'est qu'elle est important. C'est ma 150 NM, étape nécessaire pour pouvoir se présenter au PPL. J'ai décolle de Lognes dans mon petit DR400 blanc et bleu. Avec ses 108 petits chevaux, mon brave avion doit m'emmener jusqu'à Auxerre, puis à Orléans, avant le retour sur la région parisienne. Nous sommes le 4 février 2001, il y a longtemps déjà, quand l'aviation n'avait pas encore connu le traumatisme du 11 septembre et ses conséquences sur notre activité.

Comme je ne suis pas très bon, je me perds un peu. L'agent AFIS d'Auxerre me demande où j'en suis, étant donné que mon estimée d'arrivée est dépassée. Je lui répond que j'arrive, juste le temps de me retrouver. Il a dû comprendre que j'étais perdu, mais comme ma voix est calme, il ne s'inquiète pas. Quelques minutes plus tard, je trouve le terrain et je me pose.

Bien que ce ne soit pas obligatoire réglementairement parlant, je monte à la tour pour faire tamponner mon carnet de vol. Avec l'agent AFIS se trouvent deux pilotes avec de belles chemises blanches et de jolis galons sur les épaules. Ils sont venus avec l'avion d'affaires qui est garé sur le parking, pas très loin du mien. C'est un King Air. Une fois mon carnet tamponné et la taxe payée, je prends congé en souhaitant bonne journée à l'agent AFIS et aux pros. Un des pilotes me sourit et me souhaite un bon vol !

C'est une des premières fois que je vois une manifestation de cet esprit qui lie les pilotes, privés ou professionnels, d'avion, de planeur, d'hélico ou d'autre engin volant identifié ou non. Ce sentiment d'appartenir à la grande famille des amoureux de l'air. Et je suis bien content de voir que ce pilote, qui vole beaucoup plus haut, plus vite et plus loin que moi dans sa monture turbinisée et pressurisée, souhaite un bon vol à l'élève PPL dans son petit monomoteur poussif.

13 octobre 2010. Il fait beau sur la Loire Atlantique, et c'est après une approche à vue que mon captain a posé le Beech 200 sur la piste 03 de Cholet. Je monte à la tour pour saluer l'agent AFIS et lui demande de bien vouloir décaler notre plan de vol de retour vers Paris. Le patient que nous sommes allés chercher à Porto, après un long survol maritime sur l'Atlantique, est emmené jusqu'à chez lui par le médecin et l'infirmier, et on va donc attendre sur place environ deux heures.


Pendant que je suis à la tour, un DR400 vient se garer devant, et le pilote en descend. Il n'a pas l'air bien vieux, et est seul à bord. Mon téléphone sonne. Au bout du fil, un colibri m'appelle pour poser des questions et demander des conseils pour son CPL-IR. Je descends sur la plateforme, au dessus du restaurant et sous la tour, pour lui répondre tranquillement. J'aime bien prendre du temps pour aider, autant que je le peux, ceux qui s'apprêtent à se lancer dans la formation pro. Tout comme j'ai beaucoup apprécié de pouvoir, quand j'en étais à cette étape, poser des questions et demander des conseils à ceux qui étaient passés par là avant moi. Encore une manifestation de la solidarité dont la famille aéronautique sait faire preuve.

Pendant que je téléphone, le jeune pilote du DR400 passe à côté de moi, son carnet de vol à la main. Je vois son regard s'arrêter sur ma chemise et sur les galons. Je souris et je lui dis bonjour. Il répond à mon salut, et continue à monter jusqu'à la tour. Je continue ma conversation, et quelques minutes plus tard, je vois le jeune pilote remonter dans son avion pour repartir aussitôt. Je remonte à la tour et je demande à l'AFIS : "Grande nav solo ?" Il me répond par l'affirmative.

Presque dix ans après, j'ai repensé à cette journée de février 2001 et à ma rencontre avec les pilotes du King Air et j'ai apprécié à sa juste mesure ce petit clin d'oeil...

9 commentaires:

passiondesavions a dit…

Merci Olivier pour ce texte, et c'est très sympa de ta part de ne pas oublier les simples pilotes privés qui sont de petits pilote avec leur DR400 ou C172 et pour qui chaque navigation représente beaucoup de travail de préparation.
amicalement
Xavier

Oli a dit…

Xavier a très bien exprimé ce que je comptais écrire aussi. Et ce sentiment de grande famille, vraiment unique!
Merci pour m'avoir fait remonter plein de jolis souvenirs ;-)

Petit Cabri a dit…

C'est presque un roman ce post... Excellent, la larme à l'oeil n'est pas loin...
Bravo.

Greystone a dit…

Très beau récit, ça doit faire tout drôle de se revoir 10 ans plus tôt et tout le chemin parcouru depuis.
Continue de nous faire rêver!

Le dernier dodo (AND) a dit…

Très beau récit Olivier, comme toujours^^.
C'est en lisant des récits comme ça et en vivant ces expériences que je suis fier de faire partit de cette grande famille qu'est l'aéronautique et d'en être un humble représentant
See you soon ...
Alex

Anonyme a dit…

Bonjour à tous,

ce sympathique récit me rappelle ma triangulaire Nevers Auxerre Troye Nevers, un grand moment !

Je suis tout à fait d'accord avec vous, j'ai très souvent remarqué que les pilotes professionnels avaient beaucoup de respect pour les pilotaillons comme nous, et ça fait très plaisir.

Je suis très friand de vos récits, plein de passion ; et avec toujours beaucoup d'humilité et d'humanité.

Continuez de nous faire rêver !

Sylvain, LFQG

Anonyme a dit…

Ca serait drôle de voir dans un des commentaires:" le jeune pilote du DR400 c'est moi ^^"
Improbable rencontre

Chris a dit…

Je me reconnais tellement dans ton billet... Quand on est passionné, il n'est pas difficile de prendre du temps pour renseigner les prochains. C'est même un vrai plaisir.

Bonne continuation.

Chris

Sébastien a dit…

Merci pour ce récit, ça fait chaud au coeur !