samedi 31 mai 2003

A bord du dernier vol commercial d'un Concorde AF

13 avril 2003. Air France annonce la fin de l'exploitation de ses Concorde. Le dernier vol aura lieu le 31 mai. J'appelle Air Loisirs Services (ALS), qui a prévu quelques boucles transatlantiques avant la fin. Dont une le dernier jour. Je réserve ma place.

31 mai 2003, 9 heures. Rendez-vous à l'hôtel Hilton de Roissy, d'où une navette nous emmène au Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget avec tous les passagers et l'équipe de ALS. Visite du MAE qui se termine bien sûr dans le hall qui ne contient encore qu'un Concorde, et non deux comme aujourd'hui... Michel Thorigny, boss d'ALS, parle du Concorde aux pieds du premier prototype, celui du premier vol de mars 1969 :


Au comptoir d'embarquement, la destination indiquée par l'écran est assez originale : Charles de Gaulle (nous sommes bien à Roissy). Vol AF4332 de 15h35.


Dans le salon VIP, notre commandant de bord, Jean-Louis Chatelain, vient saluer les passagers.


Et c'est parti pour l'embarquement. Voici notre Concorde, le F-BVTF. Autour de lui, il y a... un peu de monde !


Les passagers sont accueillis par le chef de cabine : "Bienvenue à bord de Concorde, Monsieur ! Attention à votre tête !"


Voici ma place, côté droit, à l'emplanture de l'aile, juste devant le Machmètre. Sur mon siège, le certificat à mon nom, et les petits souvenirs Concorde : doc, papier à lettre et enveloppe Concorde, etc.


Installation des passagers. Pour ce dernier vol, ALS a voulu qu'ils soient Français pour une moitié, et anglais pour l'autre.


15h45. Concorde commence à reculer lentement. Puis, au bout de 10 minutes, notre commandant annonce un retour au parking : un des réacteurs ne démarre pas. Pas d'inquiétude dans l'avion, aucune récrimination pendant les 45 minutes que durera l'attente. La maintenance de la division Concorde a encore une fois, une dernière fois peut-être, fait la preuve de son talent et de son professionnalisme. En quelques minutes, les boîtes d'allumage du réacteur étaient changées, pendant que les passagers patientaient (il est de pire façon d'attendre qu'installé confortablement dans Concorde à boire du champagne).

Cette fois, tout est bon, et c'est reparti. Une fois l'avion parallèle à l'aérogare, nous découvrons, stupéfait, le nombre de personnes massées devant l'endroit où nous étions parqués quelques secondes plus tôt.

Ils sont des dizaines d'employés de Roissy à contempler, pour la dernière fois, le départ d'un vol commercial du bel oiseau. Un cordon de policiers nous sépare d'eux. Et le roulage commence.

Jusqu'au point d'arrêt 08, tous ceux dont Concorde croise le chemin s'arrête, et lui font de grands signes de la main. Une fois aligné sur la piste, Concorde attend. Une bonne minute. Il prend son temps.

L'autre Concorde qui vole aujourd'hui est déjà en l'air, au dessus de l'Atlantique. Notre Concorde sait donc qu'il va effectuer le dernier décollage sous les couleurs d'Air France. Nous sommes le 31 mai, et aujourd'hui est son dernier jour.

Après il y aura un ultime vol avec des passagers, mais ils ne paieront pas leur place, ce sera un vol VIP, pas vraiment un vol de passionnés comme celui d'aujourd'hui. Et il y aura les vols de convoyage, vers Le Bourget, Toulouse, Sinsheim, et Washington.

Mais le dernier "vrai" vol, le dernier vol commercial, il s'apprête maintenant à décoller, sur la piste 08 de Roissy. Notre équipage technique le sait, et il prend son temps pour ce dernier décollage.

C'est un sacré équipage que nous avons pour ce dernier vol. Le commandant, Jean-Louis Chatelain, est le numéro 2 de la division Concorde, et s'arrêtera de voler après cet ultime boucle. En copilote, nous avons l'immense bonheur d'avoir UNE pilote, la seule femme à voler sur le bel oiseau chez Air France, Brigitte Vialle. Et pour compléter l'équipe, Daniel Vasseur, l'OMN.

Les réacteurs grondent, et nous sommes plaqués dans nos sièges. Sensation de puissance brute, qui nous fait des frissons dans le dos. Concorde est léger aujourd'hui, et il décolle vite. L'assiette de décollage est impressionnante. Alors que nous passons le seuil de piste, j'ai une pensée pour les milliers de personnes, là, dessous, qui sont venus voir le voir décoller.

Pendant ce temps, Concorde monte, et monte vite. La machmètre s'affole, mais reste sagement sous la barre fatidique, en attendant d'atteindre la mer. Douze minutes après notre décollage de Roissy, nous sommes au dessus de la Manche.

Le machmètre est l'objet de toutes les attentions. 0.95, 0.96, 0.97, 0.998, 0.99. Nous restons à cette vitesse pendant une vingtaine de secondes, utime coquetterie de Concorde... Et enfin... Mach 1.00. "Félicitations à vous, nos derniers passagers supersoniques" lance le chef de cabine, sous les applaudissements de la centaine de passagers.


A bord, pour ce vol très spécial, entre passionnés, l'ambiance est détendue. Le chef de cabine accepte bien volontiers de prendre en photo les passagers qui le demandent :


On a à peine eu le temps d'attaquer le repas qu'il faut déjà surveiller le machmètre pour ne pas rater le passage à Mach 2. 1.97, 1.98, 1.99, 1.98, 1.97...
Concorde se fait à nouveau prier pour passer deux fois la vitesse du son. Puis, soudain, s'affichent les trois chiffres tant attendus : 2.00. Tonnerre d'applaudissements. Nous parcourons désormais un kilomètre toutes les secondes et demi, et avançons plus vite qu'une balle de fusil à la sortie du canon... le tout sans casque, sans combinaison anti-G, et dans un confort absolu.


C'est loin d'être la première fois, ça fait même 27 ans que ça dure en service commercial. Mais ce vol est le dernier au cours duquel des passagers payants pourront voler à cette vitesse sous les couleurs d'Air France.

Nous atteignons Mach 2.04. A 60 000 pieds, le ciel est d'un bleu profond. La photo ne le rend pas bien, mais vers le haut du hublot, le bleu est foncé, sombre, tend vers le noir. Nous sommes dans la stratosphère. L'espace est là, juste au dessus.

Nous commençons notre large cercle (65 kilomètres de diamètre !) au large de Brest. Puis nous reprenons le cap vers Paris.
Le Concorde en provenance de New-York s'est posé à 17h45. Il devait effectuer le dernier atterrissage d'un vol commercial d'un Concorde d'Air France, juste après le nôtre, et les deux Concorde devaient se suivre sur les taxiways pour une parade finale.
Mais une panne en a décidé autrement, et après avoir effectué le dernier décollage, c'est notre Concorde qui va effectuer le dernier atterrissage commercial d'un Concorde d'Air France.
Auparavant, Concorde va se montrer, peut-être pour la dernière fois, à la hauteur de la star du ciel qu'il est. Nous survolons Paris. Puis, en descente, nous passons à la verticale d'Orly, à 4000 pieds, pour saluer une dernière fois l'aéroport où Concorde a eu ses habitudes.
Vers 18h25, nous passons à la verticale de Lognes, puis de Chelles.
Nous sommes en finale, mais nous n'allons pas nous poser tout de suite. Le commandant nous annonce un passage verticale de Roissy, à 2000 pieds !
A la plus grande joie de tous ses fans réunis à Roissy et autour, mais aussi à la nôtre, nous passons donc lentement au dessus de l'aéroport. Et enfin, à 18h36, nous sommes en courte finale. Des centaines de voitures sont arrêtées au bord de la route, et des milliers de personnes sont là pour regarder le dernier atterrissage du Concorde à Roissy.
L'atterrissage ne marque pas la fin de cette journée si particulière pour Concorde. Alors qu'il libère la piste, commence le moment le plus merveilleux.
Nous avons déjà aperçus la foule de passionnés massés en bout de piste. A présent, c'est le personnel de Roissy, encore plus nombreux qu'à notre départ, qui rend un dernier hommage à Concorde.
Plusieurs camions de pompiers sont garés le long du taxiway, en une haie d'honneur éclatante, et les soldats du feu nous font de grands gestes de la main.
Plus nous avançons, et plus ils sont nombreux. Concorde n'est plus seul sur le tawixay, il est précédé et suivi de nombreux poissons pilotes, comme ces navigateurs littéralement encerclés par les bateaux à l'arrivée des courses.

Devant nous, 5 ou 6 flycos ouvrent la route. Derrière, plusieurs véhicules, camions de pompiers, voitures de gendarmeries, et autres flycos, ferment la marche. Sur les côtés aussi, des véhicules nous suivent, les passagers parfois assis sur le rebord de la fenêtre pour photographier ou filmer.

Des dizaines d'agents de piste regardent Concorde passer en faisant de grands signes de la main.
Dans l'avion, inutile de dire que plus personne n'est attaché. Tout le monde, passagers et PNC mélangé, est le nez collé au hublot, émerveillé par le spectacle de Roissy rendant hommage au Concorde.
Sur la fréquence sol, le commandant indique qu'il va s'arrêter quelques minutes devant les fans massés derrière les grillages. Concorde s'arrête, et remercie ses nombreux amoureux. Ils sont tous là, agitent un grand drapeau français, et brandissent la banderole bien connue "Concorde, on t'aime", mais aussi une autre, faite pour la circonstance : "Au revoir et merci".


Tous ces passionnés saluent de la main, et courent le long des grillages quand Concorde reprend lentement sa route. Un peu plus loin, c'est devant sa maison, le siège d'Air France, qu'il s'arrête à nouveau. Des centaines d'employés de la compagnie nationale sont massés devant le bâtiment, et eux aussi agitent les bras, avec toute l'émotion qu'on peut imaginer. A bord, l'émotion est là aussi, et on sent que les larmes ne sont pas loin.

C'est un étrange mélange. Mélange du grand bonheur d'avoir fait ce vol, de la tristesse que tout cela s'arrête, et de l'honneur d'avoir été les derniers.

A nouveau, comme à regret, Concorde reprend sa route. Il passe devant un Airbus d'Air France, dont le commandant, par son hublot ouvert, fait un grand signe de la main au grand frère qui prend sa retraite.

L'aérogare se rapproche, et apparaît le Sierra Delta, arrivé tout à l'heure de New-York, à côté duquel on va se garer. Comme au départ, des dizaines de personnes sont au sol, et attendant le bel oiseau.

Cette fois, c'est fini, les réacteurs s'arrêtent, et on descend de l'avion. A la sortie de la passerelle, le personnel d'Air France nous a réservé une dernière surprise, et un dernier hommage.

C'est une véritable haie d'honneur que forment hôtesses et stewards. Ils applaudissent avec autant de force que d'émotion les passagers qui se succèdent entre eux.


On quitte l'aérogare, notre car nous attend, pour nous ramener au Hilton. Un moment d'émotion, encore un, nous attend avant de nous séparer. C'est l'équipage complet du Concorde qui nous rejoint. Chacun d'entre eux reçoit des mains de Michel Thorigny et de membres de son équipe un souvenir, un Concorde surmontant l'inscription "Le dernier envol", avec leur nom, et la date du dernier jour.

Chaque membre de l'équipe d'Air Loisirs Services reçoit le sien aussi, et les passagers ne sont pas oubliés. Chacun d'entre nous repart avec un trophée en métal, gravé à son nom et à la date du jour, avec un Concorde doré.

Et arrive l'émotion de ce dernier moment partagé. Elle arrive quand Michel Thorigny remercie l'équipage, avec un hommage particulier à Béatrice Vialle. Quand, au moment de remettre son souvenir à Jacques Martinet, le chef de cabine, il évoque avec lui le souvenir de la boucle de mai 2000, dont les pilotes étaient Christian Marty et Jean Marcot.


L'après-midi touche à sa fin quand je quitte Roissy après une journée inoubliable. Non seulement je fais désormais partie du petit club des humains supersoniques, mais j'ai vécu de l'intérieur le dernier vol commercial d'un Concorde d'Air France, et l'adieu de Roissy, sa plate-forme d'attache, au supersonique...

Près de 8 ans après, j'en garde un souvenir ému.

lundi 20 mai 2002

WE de Pentecôte à l'île d'Yeu

Un week-end de trois jours, c'est l'idéal pour partir en balade en avion ! Pour cette Pentecôte, direction l'île d'Yeu. J'avais réservé un Régent, mais suite à un souci de planning, je me retrouve avec un DR400 108 cv. Ca va aller moins vite...

Décollage de Lognes samedi en fin de matinée, avec le plein. Nous avons décidé de nous arrêter à Cholet pour ravitailler et éviter d'avoir à le faire au retour, et pour profiter de l'excellente restaurant (l'Eole Bar, très chaudement recommandé). Malheureusement, notre DR400 est anémique, ya pas d'autre mot, et en plus le vent est de face. Sur le GPS, notre vitesse sol oscille lamentablement entre 80 et 90 noeuds... On s'ennuie sévère... Résultat, quand on arrive à Cholet, le resto est quasiment fermé, mais comme ils sont sympas, ils nous font à manger quand même.

Après avoir rempli nos estomacs, on donne à manger à l'avion. On regarde démarrer le Citation suisse dont les pilotes ont profité aussi du resto. Leur unique passager arrive, et c'est parti. Le Citation passe devant notre DR400. On fait un coucou aux pilotes, qui nous font un geste de la main.

Il s'aligne sur la piste de Cholet, face à la ville qu'il faut éviter de survoler en décollant. Lui ne tournera pas légèrement à droite pour éviter le survol, mais grimpe tellement vite qu'il passe haut au dessus de la ville... Impressionnant !


On décolle à notre tour. Toujours aussi lentement, on se dirige vers la côte. En contact avec Nantes Info, on monte pour traverser. A 5000 pieds, on voit l'île d'Yeu avant même de passer la côte, sous le soleil, c'est superbe.




Descente rapide en tournant autour de l'île par la pointe des Corbeaux, et l'AFIS nous propose une longue finale 33. Atterrissage avec 10 à 15 noeuds plein travers. "Garez-vous à côté d'un *certain* TB20", nous demande l'AFIS. Il dit "un certain", car il sait que le TB20 est celui de deux amis avec qui nous avons rendez-vous et qui nous attendent à la tour. 

Samedi après-midi, le temps est superbe, avec un grand soleil. Un temps à aller à la plage !

Le soir, en l'absence de barbecue, c'est sur le feu, dans la cheminée, que nous faisons cuire nos brochettes faites maison, nos merguez et autres chipolatas, et nos côtelettes... Ne trouvant pas de papier journal pour allumer le feu, nous avons trouvé une solution très aéro : cartes TEMSI, TAF-METAR, photocopies de VAC du WE précédent, et même une fiche de pesée nous fourniront le papier pour enflammer les brindilles !

Le soir, ça se gâte, il se met à pleuvoir alors que nous venions d'enfourcher les vélos pour aller au bar de l'escadrille. On se replie donc sur la voiture. A l'escadrille, il y a déjà foule. On finit par se trouver une table dans un coin.

 Et nous chantons avec les autres jusqu'à une heure du matin, avant d'aller prendre un repos bien mérité.

Dimanche, il fait tout gris, et c'est même de la pluie qui nous attend quand on ouvre les volets. Pas de quoi nous empêcher de prendre les vélos et d'aller nous balader. En ce dimanche de Pentecôte, sur l'île d'Yeu, c'est la Fête des Fleurs... Une dizaine de chars se promènent dans toute l'île. Nous les croisons sur le chemin. Puis on va discuter un coup avec le pilote de l'hélico, qui attend ses clients sur l'hélistation du port. Le Dauphin biturbine est superbe, et peut embarquer 10 passagers...

Le continent est à 10 minutes. Dans le temps, ce sont des Alouettes II et III qui faisaient la liaison. De vieilles affiches, au bar de l'escadrille, témoignent de ce récent passé aéronautique de l'île. Le pilote attend ses passagers, six Anglais, qu'il va déposer directement à l'aéroport de Nantes. Ils arrivent, et bien que le ciel soit bien bas de plafond, l'hélico décolle, non sans que le souffle de son rotor ne fasse tomber un de nos vélos, pourtant bien appuyé contre la barrière !


Nous enfourchons nos vélos pour une balade d'une vingtaine de kilomètres autour de l'île. Nous passons le long de l'aérodrome, le temps de constater que nos avions sont toujours là, roues au sol, et que la piste est herbe ne donne vraiment pas envie d'être utilisée.

Retour à Port Joinville pour un apéro, puis un repas bien mérité dans une crêperie. On admire les chars de la Fête des Fleurs, qui reviennent sur le port, en écoutant des musiciens jouer des airs bretons. Car si on est ici en Vendée, la Bretagne est toute proche, et sa culture est bien présente sur l'île.

Et nous prenons à nouveau la direction du bar de l'escadrille. C'est un lieu incontournable. D'abord parce qu'on y trouve l'ambiance la plus sympa des bars du port, et parce qu'il est très aéro. Son patron pilotait l'hélico, on trouve sur un de ces murs un superbe moteur en étoile, et une non moins magnifique hélice en bois, et les autres murs sont couverts de gravures et photos d'avions et d'hélico de toutes époques...

A notre table, un de nos voisins nous demande d'où l'on vient, et à force de répondre à ses questions, on finit par dire qu'on est venus en avion. Lui-même est élève-pilote, et la discussion qui suit prouve une fois de plus que le bar de l'escadrille porte décidemment bien son nom.

Lundi matin, il fait un temps superbe. Pas un nuage, et un soleil qui réchauffe les maisons et les corps. Alors que tout vol était impensable entre l'île et le continent la veille, nous n'aurons aucune difficulté à voler aujourd'hui. Petit déjeuner en terrasse, au soleil, en écoutant la fréquence de Yeu. Les pilotes profitent du beau temps, et la fréquence ne désemplit pas. DR400, PA28 ou TB20 s'annoncent les uns après les autres, et nous les voyons passer devant nous, en longue finale pour la 33.

Et nous ré-enfourchons nos vélos pour la pointe des Corbeaux, que nous explorons jusqu'à son extrémité, en escaladant les rochers. Puis c'est le retour à la maison pour manger, ranger, et faire les bagages. Détour par Port Joinville pour rendre les vélos, et direction l'aérodrome. Le week-end n'est pas encore tout à fait fini. Avant cela, petit tour de l'île à bord du TB20. 


On s'éloigne sur la mer pour faire une longue finale en 15, et c'est l'approche au dessus de la mer, et un bel atterrissage de notre pilote, malgré le vent de travers.

Retour au parking, au revoir, et nous voilà partis dans notre DR400. Alors que l'on s'aligne en 33, Flavien annonce sur la fréquence qu'il roule pour le point d'arrêt, et ajoute "Message pour Victor Novembre : White est resté dans le TB20, mais on va s'occuper de lui !" (White, c'est la peluche, ma mascotte aéro)

On décolle. J'ai calculé et recalculé : malgré le plein à Cholet, le vol d'1h05 (!!) pour aller à Yeu, et la vitesse désastreuse du DR400 ne nous permettrons pas de rallier Lognes dans ravitailler.
Tant pis, on refera une halte à Cholet. L'AFIS est là les jours fériés jusqu'à 19h, donc nous pourrons ravitailler. Mais en approche de Cholet, les avions en tour de piste nous confirment ce qu'on craignait : l'AFIS n'est pas là, pas d'essence, donc... Pas question de tenter le diable, et nous prévenons par SMS le TB20 qu'on va, nous aussi, se poser à Etampes, pour ravitailler.

Après cette escale rapide, et la récupération de White, dernière étape avec un retour sur Lognes. On range l'avion en se promettant de ne plus aller à Yeu avec un 108cv... Retour sur Paris en voiture, après 6h46 de vol dans le WE, et un très très sympa week-end de trois jours à l'île d'Yeu !

mardi 14 mai 2002

Premier vol de nuit

Ce soir, j'ai commencé mon apprentissage de hibou avec mon premier vol de nuit en tant que pilote, après avoir volé de nuit comme passager à deux copains, à Dieppe et à Minden Tahoe, (Nevada).

21h10. J'arrive à Pontoise alors que le soleil baisse franchement sur l'horizon. Quelques nuages gris subsistent, éclairés par les derniers rayons du soleil, c'est joli ! L'aérodrome est désert, l'aéro-club aussi, il n'y a que mon instructeur, qui m'attend. On se dirige vers Delta Roméo, le petit Cessna 150. Il n'a volé que 40 minutes depuis le dernier plein, mais on va remplir ses réservoirs à ras bord quand même.

Vérification des feux de l'avion, perception des lampes de poches, prévol, et on embarque. En plus des manips habituelles, on tourne deux boutons de plus, pour allumer le plafonnier rouge, et éclairer les instruments. On commence à rouler vers le point d'arrêt 23 de Pontoise, alors que la nuit aéro commence. Clic clic clic pour allumer la piste. Alignement, plein gaz, rotation à 55 kt, et c'est parti. Montée à 65 kt. 300 pieds, volets 0, 75 kt au badin et on monte vers 2000 pieds.

- On va faire un peu de VSV, tu ne regardes que tes instruments !
- OK...

Je me retrouve avec un grand cache devant moi, et je m'applique à regarder mes pendules. Horizon, alti, horizon, conservateur de cap, horizon, VOR pour garder l'aiguille bien centrée, horizon... 2000 pieds. On va faire un peu de mania.

- Lâche les commandes, regarde tes genoux, je te le mets dans des positions inhabituelles et tu le rattrapes. (...) A toi !

Je regarde mon horizon : le 150 est incliné à 30° à droite, et en légère montée. Je pousse doucement, tout en remettant les ailes à plat. Fastoche pour cette fois. Du coup, la deuxième fois, il me secoue davantage avant de me redonner les commandes. Les yeux sur mes genoux, je n'arrive plus à suivre les mouvements de l'avion, et je sens nettement que mes sens décrochent.

A moi les commandes. Je regarde l'horizon : l'avion est presque sur la tranche, et franchement en descente. Il me faut un quart de seconde avant de trouver de quel côté tourner le manche. Réduction des gaz, ailes à plat, ressource souple. Ouf !

Maintenant, je vais suivre des "caps radar" qui vont m'amener en finale, si tout va bien. Tout cela en descendant à 500 ft/mn. je tourne, je tourne, je tourne encore, suivant différents caps. Finalement, le cache devant moi est enlevé. Droit devant, la piste illuminée.

Je me fie au PAPI pour déterminer mon plan de descente. OOups, une 3e rouge, je cabre légèrement le petit 150. Deux blanches, deux rouges. C'est mieux.

- Lâche le manche ? OK, il est bien compensé, ne touche plus à rien !

La piste arrive sur nous, on commence à distinguer les marques de la piste. Réduction des gaz, on lève le nez, et on attend. Toucher à peu près en douceur et on repart.

Deuxième tour de piste, deuxième toucher, sous la pluie qui s'est mise à tomber. La piste est de plus en plus mouillée et les balises se reflètent sur la surface humide. Suivent deux tours de piste standard, avec virage au taux 1 pour faire un hippodrome.

Troisième toucher. La piste s'éteint en courte finale. Clic clic clic, elle se rallume, mais entre temps, dans le noir, je suis un peu passé sous le plan. Dernier tour de manège, dernier atterro. Il est temps de rentrer au parking, Pontoise ferme à 22h30.

Les marques bleues des taxiways brillent dans les lumières du phare, comme brillent les yeux des lapins qui s'enfuient devant le 150. Retour au parking. Arrêt du moteur, le calme revient sur l'aérodrome. La lune s'est levée. 1h02 de vol de nuit. Ca y est, je suis un apprenti hibou ! 

dimanche 14 avril 2002

Week-end à l'île d'Yeu

Encore un week-end à l'île d'Yeu. Cette fois, j'emmène ma tante avec moi. C'est une première pour elle, qui a une maison sur l'île, mais n'y est jamais allé autrement qu'en bateau.

Son baptême de l'air se passe bien, et après une escale à Saint-Nazaire pour ravitailler et pouvoir rentrer à Paris le lendemain d'une seule traite, voici la traversée maritime et l'île d'Yeu. Petit passage au-dessus de la pointe des Corbeaux :


Puis passage verticale du terrain pour s'intégrer en vent arrière.


En vent arrière sur la mer...


On se pose, on va à la maison, et ma tante a dû mal à réaliser qu'elle est déjà arrivée, à peine trois heures après notre départ de Paris, sans avoir eu à prendre le bateau, sans être passé par Fromentine et Port Joinville...

Il fait un temps superbe, alors on profite de la terrasse, de la plage... Bref, du week-end !


C'est quand même bien sympa de pouvoir aller en week-end dans un endroit aussi beau et dépaysant que l'île d'Yeu, en un coup d'ailes et en 2h30 depuis Paris, bien plus vite qu'en prenant la voiture ou le TGV !

lundi 1 avril 2002

Belle-Ile, Quiberon et La Baule

6hPour les trois jours de ce week-end de Pâques, direction la Bretagne ! La première escale sera à Belle Ile. Je pars avec deux copains en PA28 de Lognes. Après environ deux heures de vol, on arrive sur la Villaine, qu'on suit jusqu'à la presque-ile de Rhuys. Et voici la mer... Avant d'arriver à Belle Ile, on survole la petite île de Houat.


Nous voilà posés à Belle Ile, où le club house de l'aéroclub est une jolie maison aux murs blancs :


A l'intérieur, une grosse maquette de DC-3 aux couleurs de l'aéroclub.


Après le déjeuner sur le petit port de Sauzon, c'est parti pour une longue balade. Faire le tour de l'île (enfin une partie !) à pieds est un vrai régal par ce temps.


Voyager en avion, ce n'est pas que faire des heures de vol, c'est aussi prendre le temps de visiter et de profiter de la destination ! Et Belle Ile, comme Yeu, est une escale de choix !


Alors qu'on s'apprête à redécoller, on entend sur la fréquence Jean-Pierre, un copain lyonnais qui arrive verticale ! Je décolle, et on part vers Quiberon, nous devant, JP deux minutes derrière. Finale sur la mer, on a l'impression de se poser sur un porte-avions ! Douze avions sont déjà sur le parking, mais on finit par trouver de la place dans l'herbe pour nos deux avions. Soirée entre pilotes, et on passe la nuit à Quiberon.

Le lendemain, on repart vers Saint-Nazaire, pour y retrouver encore des amis. Nouveau saut de puce vers La Baule pour prendre un verre au restaurant de l'aérodrome, puis retour sur Saint-Nazaire où on passe la soirée et la nuit.

Lundi midi, c'est sous le soleil qu'on repart, JP vers Lyon et moi vers Lognes, chacun dans son PA28.



Vol de retour au-dessus d'une petite couche clairsemée de nuages.

A l'approche du point Sierra Alpha du transit de Brétigny :

Encore un beau week-end aéro, en ayant posé les roues sur pas moins de quatre terrains, fait 6h50 de vol, et passé beaucoup de temps avec des copains...