lundi 4 octobre 2010

Renaud Ecalle se tue en vol avec sa famille

Il y a quelques jours, en parcourant les anciens billets de ce blog, je relisais celui écrit le 2 novembre dernier, et je réalisais que cela allait bientôt faire deux ans que Benjamin s'est tué avec son DR400 et trois amis.

Ce matin, en me levant, j'apprends qu'un avion léger est porté disparu, et immédiatement, je repense à Benji. Et comment ne pas rapprocher les deux événements ? Car si les accidents d'avion légers sont, malheureusement, fréquents, il est plus rare qu'on perde complètement la trace de l'un d'eux.

Les deux avions ont disparu avec quatre personnes à bord, dans la même région, dans les mêmes mauvaises conditions météorologiques, en fin de journée un dimanche d'automne, l'un début octobre, l'autre début novembre. Comme pour Benjamin, une pré-localisation de l'avion a été possible grâce au signal émis par le téléphone portable d'un des passagers.

Sur MSN, un ami, récent champion du monde de voltige, m'apprend que le pilote de l'avion est un autre champion du monde de voltige, Renaud Ecalle, multi-médaillé, qui voyageait avec son épouse et ses deux jeunes enfants.

Et comme il y a deux ans, l'insupportable attente commence. En 2008, elle avait duré trois jours et trois nuits. L'annonce d'un accident et de la mort des occupants de l'avion est un choc, mais une disparition, et l'attente qui va avec, sont presque plus dures à gérer. Certes, il reste l'espoir, mais dans de telles conditions, il est malheureusement tellement tenu, qu'on n'attend en fait que la terrible confirmation de ce qu'on redoute.

Et tout à l'heure, la nouvelle est tombée. L'avion a été retrouvé, et ses quatre occupants sont tous décédés.

Tous les accidents d'avion et les décès qu'ils provoquent sont dramatiques, mais celui-ci est particulier, parce qu'il fauche une famille entière, dont deux jeunes enfants, et parce qu'il fait disparaître un des plus grands champions français de voltige...

Je pense à eux, à leur famille, et à leurs nombreux amis, et notamment aux amis que j'ai en commun avec Renaud Ecalle, et qui sont eux aussi membres de la talentueuse équipe de France de voltige.

dimanche 26 septembre 2010

Mes Virades de l'espoir

Hier soir, couché à minuit. Quand le téléphone sonne, je suis persuadé que c'est le petit matin. Raté, il n'est que 3 heures. Il est 5 heures quand je fais un rolling-take off au Bourget. Direction le sud.

Ce dimanche, ce sont les Virades de l'espoir. La journée annuelle de mobilisation contre la mucoviscidose, cette maladie génétique qui provoque une accumulation de mucus dans les voies respiratoires, obligeant à de fréquentes séances de kiné pour permettre aux malades de respirer normalement.


Un de mes amis a la muco. Il y a quelques années, il a eu la chance de bénéficier d'une double greffe des poumons. Après sa convalescence, ce fut une véritable renaissance. Pour la première fois de sa vie, il pouvait vivre normalement sans s'essouffler et sans séances de kiné.

Pour une personne atteinte de la muco, la greffe des poumons est donc un vrai cadeau. Et justement, en ce dimanche des Virades, ce sont des poumons qu'on allait chercher. Les choses sont bien faites...

On arrive à la toute fin de nuit, et on va se coucher dans l'avion.


Deux grosses heures plus tard, les médecins appellent pour signaler qu'ils quittent l'hôpital. Il fait jour, et grand soleil !


Mais plus on remonte vers Paris, plus c'est nuageux...


Après un bref rayon de soleil sur le Bourget, le temps gris et pluvieux nous rattrape. Mais malgré la pluie, je garde de cette journée le rayon de soleil qu'a été le plaisir, tout particulier, de livrer des poumons tout neufs, et donc une nouvelle vie, à quelqu'un qui en avait bien besoin.

Et comme me le disait tout à l'heure un jeune, touché par la mucoviscidose : "Quoi de de plus beau qu'un homme libre, volant au dessus des nuages, pour offrir la clef qui libère d'un poids souvent très lourd... ?"

mercredi 22 septembre 2010

Ho, nous, ça ne nous dérange pas !

4h00 du matin, sur un petit aérodrome du nord-est de la France. Les deux médecins viennent d'arriver au pied de l'avion. L'un d'eux m'aide à monter à bord, avec précaution, la lourde glacière métallique et son précieux chargement. Les deux médecins embarquent, et pour ne pas perdre de temps, mon captain met en route le moteur 2 (côté droit, donc) pendant que je ferme la porte (côté gauche).

Je vérifie les 5 témoins de la bonne fermeture de la porte. C'est important puisque, à la différence des portes des gros porteurs qui ne peuvent s'ouvrir accidentellement, celle du King Air s'ouvre vers l'extérieur, et pourrait donc se barrer, l'avion une fois pressurisé, si elle est mal fermée. Je remonte vers l'avant de la cabine, et assiste le captain pour le démarrage de la deuxième turbine. Puis je demande la mise en route à la tour. 10 secondes plus tard, nous roulons vers la piste, et quelques minutes après, nous sommes en l'air.

A l'aller, Le Bourget était en configuration face à l'est, ce qui était bien pratique, vu notre destination. Au retour, c'est toujours la même config, ce qui nous arrange moins. Ca va nous obliger à faire le tour de Paris, nous faisant perdre une bonne dizaine de minutes. Et étant donné la nature de notre chargement, tout minute de gagnée compte.

Je laisse la veille de la comm 1 à mon captain, qui est PF sur cette branche, et je passe sur la comm 2 :

- Le Bourget, IBJ122B, bonjour !
- IBJ122B bonjour
- IBJ122B, on est EVASAN avec un coeur à bord, est ce que vous pensez qu'il serait possible de se poser en 27 ?
- IBJ122A, il faudrait voir avec Roissy, mais ça risque d'être difficile, le doublet nord est fermé, et tous les départs se font du doublet sud, face à l'est
- On va voir avec eux, à tout à l'heure, IBJ122B


Je repasse sur la comm 1, nous sommes toujours avec Paris Info. Je leur pose la même question.

- Je vais demander à De Gaulle, je vous tiens au courant, IBJ122B
- Merci monsieur !

Quelques instants plus tard :

- IBJ122B, Paris Info, j'ai vu avec De Gaulle, je pense que ça ne va pas être possible, parce qu'il faudrait interrompre tous les départs, voyez avec eux sur XXX,XX

Je regarde mon captain, qui doit penser la même chose que moi, et je réponds :

- Ho, nous, ça ne nous dérange pas, IBJ122B

Avec un brin d'amusement dans la voix, le contrôleur répond :

- J'imagine, mais je pense que ça en gênerait d'autres !
- On passe avec De Gaulle sur XXX,XX, IBJ122B, merci et bonne fin de nuit !

Et je passe avec De Gaulle, qui m'envoie direct sur OMAKO et CLM, ce qui veut dire une procédure 07. Je redemande à tout hasard, mais on me fait la même réponse : "On devrait interrompre les départs, donc on ne peut pas le faire, même pour une EVASAN".

On l'a pourtant déjà fait, il y a peu, en revenant de la même destination avec un coeur à bord. Nous nous étions posés en 27 au Bourget, avec deux avions en finale face à l'est sur le doublet sud de Roissy. Il faisait le même temps que la nuit dernière (CAVOK), on avait annoncé le visuel des avions en finale sur Roissy, et tout s'était bien passé.

Et forcément, j'ai repensé à l'ancien récit de Danny à l'époque où il ne bloguait pas encore et où il faisait de l'Air Ambulance, récit dans lequel il racontait qu'alors qu'ils rapatriaient un patient qui était au plus mal, ils avaient été autorisé à se poser face aux départs (et pas les départs d'un aéroport à quelques NM à droite, non, face aux départs sur le MEME aéroport, descendant sous les montées initiales). Evidemment, c'est les Etats-Unis, c'est un autre monde. En pleine journée, je peux comprendre que c'est dificilé à gérer, mais à 5 heures du matin ?

Du coup, pour raccourcir et éviter de passer par OMAKO et CLM, j'ai demandé et obtenu une directe sur PG506. On termine en guidage radar pour l'ILS 07 au Bourget, guidage fait au plus court par De Gaulle pour nous faire gagner du temps. On passe au ras du périph et de l'héliport d'Issy les Moulineaux. A cette heure ci, ni Tour Eiffel illuminée, ni lasers...

Roulage rapide vers notre parking, on décharge et les médecins partent vers l'hôpital, dans leur voiture à girophare. Une heure tout rond bloc-bloc, 50 minutes en l'air. Grâce à la générosité d'un donneur et à l'efficacité de la chaîne du don d'organes, dont nous sommes un modeste mais indispensable maillon, quelqu'un, cette nuit, a reçu en cadeau un coeur tout neuf, et par la même occasion, une nouvelle vie !

jeudi 16 septembre 2010

Quand c'est dur de garder les yeux ouverts

Je dis souvent que quand je suis au boulot, je n'ai pas vraiment l'impression de bosser. C'est vrai. Mais pas toujours vrai. La nuit dernière par exemple.

Les cinq derniers jours avaient été tranquilles : Samedi et dimanche dernier, j'étais d'astreinte, mais je n'ai pas eu de vol. Lundi et mardi, j'étais de repos (avec quatre vols à l'aéroclub). Ma semaine a donc commencé ce mercredi, sans aucun vol dans la journée.

Mercredi soir, Conseil d'Administration de l'aéro-club a Toussus de 18h30 a 22h20, arrivée à la maison a 23h, lecture de mails et un peu de MSN, et vers minuit, je commence à envisager d'aller me coucher. 0h10, le téléphone sonne : décollage a 1h30. Pas de dodo pour le moment, donc. Je met mon uniforme et je file au Bourget.

On attend un peu les deux équipes médicales, et on ne décolle donc qu'à 2 heures. Direction : Pau. Une des destinations les plus éloignées en France, et le genre de vol un peu long, donc, avec une croisière qui dure une bonne heure et demi. Et quand cette croisière se déroule entre 2h20 et 3h50, et qu'on n'a pas dormi depuis, heu, quand déjà ? Ha oui, depuis le matin de la journée précédent, le temps nous parait long... Dans ces moments là, où on aimerait bien se laisser aller dans les bras de Morphée et où on lutte pour garder les yeux ouverts, on a bien le sentiment de bosser !

Arrivée à Pau vers 4h du matin, les médecins partent, et on essaye de dormir un peu. On est réveillés une première fois par le téléphone du captain dont l'alarme nous prévient qu'il faut délayer le plan de vol. On se rendort, pour être à nouveau réveillés par les médecins qui annoncent qu'ils seront là dix minutes plus tard.

9h, on arrive au Bourget. 9h45, j'arrive à la maison et je me couche. 13h55, je me lève. j'ai mal à la tête et je suis complètement décalqué.

Ne jamais savoir si on va partir ou non, et si oui, à quelle heure de la nuit, c'est la grosse difficulté de ses missions organes, et on est très vite complètement décalé... Heureusement, il y a la vue, au petit matin, pour compenser. Quelques photos prises ce matin pendant le vol de retour depuis Pau.





En arrivant en région parisienne, je vois qu'on va passer juste au-dessus de Toussus. Je passe donc sur la comm 2 et J'appelle la tour :

- Toussus, IBJ 216B, bonjour
- Bonjour IBJ 216B !
- C'est Olivier, de l'aéroclub J., c'est juste pour faire un coucou, on passe en Beech 200 au niveau 60 au-dessus de Toussus
- Ha oui, je te vois sur mon image radar ! Bonne fin de vol !
- Merci, bonne journée, à bientôt !

Juste après être passés sur Toussus, on survole la piste de Villacoublay, dont je décollais voici 8 jours :


Et en bonus, une petite vidéo :



samedi 11 septembre 2010

50 aéroports

Un des avantages de ma compagnie actuelle, c'est la variété des terrains sur lesquels on se rend. Ca va de l'aérodrome avec une piste de 1 000 mètres à celui avec plus de 3500 mètres pour décoller, et du petit terrain géré par un agent AFIS comme Cholet au gros aéroport international (par exemple Barcelone avec ses quatre pistes, ses kilomètres de taxiways et ses trois fréquences différentes rien que pour le roulage, et donc sans compter la fréquence prévol).


Dans certaines petites compagnies, les pilotes vont faire toujours les mêmes lignes, et tourner entre une petite dizaine d'aéroports différents (voire moins parfois). Cette semaine, j'ai posé mes roues sur le 50 aérodrome depuis que je suis entré dans la compagnie, voici cinq mois.

Et le 50e n'était pas n'importe lequel : Villacoublay, où il est assez rare de poser un avion civil puisque c'est une base aérienne. Depuis, j'en ai ajouté deux autres à la liste : Ajaccio et Avignon.


Pour un premier boulot, c'est une vraie chance de pouvoir visiter tant d'aéroports différents. Il est très formateur de passer du petit aérodrome au très gros aéroport, de Blois, Dole ou La Roche sur Yon à Barcelone, Lyon-Saint Exupéry, Nice ou Munich.