Dimanche, 17h. Mon commandant de bord m'appelle pour m'annoncer qu'on fait un vol EVASAN le lendemain. Un beau vol : on va à Casablanca, une destination avec laquelle on commence à titiller la limite d'autonomie du Beech 200. Comme le dit mon captain, ca ne va donc pas être simple.
Trajet aller en rouge, retour en bleu
Premier problème : pour l'aller, le log nous indique un fuel mini de 3 630 livres (soit un peu moins de 2 200 litres). On peut embarquer tout ça, puisque la capacité totale des réservoirs est de... 3 645 livres, mais avec nos deux médecins, on dépassera la masse max au décollage...
Solution : passer en long range. On volera moins vite et on mettra donc plus de temps pour arriver, mais on aura besoin de mettre moins de fuel et on pourra donc prendre nos deux pax et leur matériel médical. On refait les calculs, et ça passe sans problème. Ya plus qu'à !
Lundi matin, Le Bourget. Aujourd'hui, grève des contrôleurs. Pour que notre vol EVASAN puisse partir, il faut faxer le plan de vol à la tour. On faxe donc. On est prêts à partir. Mon captain fait embarquer les médecins pendant que je prends l'ATIS et que je demande la mise en route.
La bouteille d'oxygène (pas encore fixée sous la civière)
L'ATIS est court : services ATC non assurés. J'appelle la tour pour la mise en route, en précisant dès mon premier message qu'on est EVASAN. Pas de réponse. Deuxième essai, puis troisième, sans plus de succès. Les pompiers appellent la tour pour leur essai radio du matin, et personne ne leur répond... à part moi :
- "Les pompiers, d'IBJ202A, je vous reçois 5 !"
- "On vous reçoit 5 aussi, merci !"
Un tracteur demande à la tour l'autorisation de tracter un avion via le taxiway. Puis trois autres avions demandent la mise en route, mais la tour doit être vide. En désespoir de cause, le tracteur tracte en auto-info. Les pilotes discutent un peu, l'un d'eux explique que De Gaulle lui a indiqué que la prochaine relè à la tour du Bourget est prévue à... 11h30 (si le prochain contrôleur n'est pas gréviste !)
Mon captain arrive avec une bonne nouvelle : il a joint De Gaulle par téléphone et a une clearance : LGL2J, un code transpondeur et une fréquence à contacter après le décollage.
- Le Bourget, IBJ202A, au parking Hotel 0, on roule vers le point d'arrêt 09
- Le Bourget, IBJ202A, au point d'arrêt C2, on traverse la piste 03-21
- Le Bourget, IBJ202A, au point d'arrêt 09, on s'aligne piste 09 et on décolle !
Pleine patate, et on décolle du Bourget en auto-info, comme si on était sur un petit terrain champêtre ! Assez jouissif ! :-) Et on profite à nouveau d'une superbe vue sur Paris :
On a assez rapidement une directe vers ATLEN, un point au milieu du golfe de Gascogne. Ci-dessous, l'estuaire de la Loire, avec la baie de La Baule en haut, Saint-Nazaire cachée derrière la turbine :
On passe juste au sud de l'île d'Yeu, sur laquelle je suis souvent allé passer des week-ends en avion léger. A gauche, l'anse et le port de la Meule, puis la pointe de la Tranche, la plage des vieilles. Tout en bas, la pointe des Corbeaux, et en remontant, les plages qui font face au continent.
Après la traversée du golfe de Gascogne, on aborde les côtes d'Espagne. Les vallées sont sous les nuages :
Encore une traversée maritime, puisque nous sommes à nouveau au-dessus de l'océan Atlantique, et pas tout près des côtes (contrairement aux quatre autres fois où je suis allé en Afrique en avion léger, j'étais toujours passé au-dessus de la Méditerranée, à l'est de Gibraltar, donc) :
Et enfin, se dessinent les côtes marocaines et le continent africain.
Le contrôleur nous fait un guidage radar pour l'ILS 35R. Les cartes Jeppesen précisent de faire bien attention de ne pas la confondre avec le taxiway Tango. En briefant ça, on a été un peu surpris, mais en effet, il y a de quoi se tromper.
Les médecins filent à l'hôpital pendant que nous organisons le plein de fuel avec un très efficace représentant du handling. Le refueling effectué, on attaque nos plateaux repas. Puis les médecins reviennent avec les deux patients, qu'on charge sur les civières, et c'est reparti. La fréquence de la tour est brouillée par des mecs qui discutent ensemble dessus, ça n'a pas l'air de perturber la contrôleuse, mais on est obligé de la faire répéter deux fois pour comprendre notre clearance de départ...
On est numéro 2 au départ derrière un 737 de la Royal Air Maroc.
Décollage en 35R, et après avoir obliqué vers la droite pour éviter le survol de la ville, nous voilà à nouveau au-dessus de l'océan Atlantique.
Mais cette fois, la route comprend beaucoup moins de survol maritime. On longe la côte marocaine, en passant devant Rabat, puis Tanger. Puis c'est l'Espagne, avec quelques petites enclumes.
Et voici Biarritz, et on longe brièvement la côte française qu'on franchit un peu au nord de Bayonne.
La grève va nous empêcher de nous poser au Bourget, nous nous déroutons donc sur Pontoise. Les parkings sont pleins à craquer de jets et de turboprops qui devaient aller au Bourget et ont dû se dérouter eux aussi.
Au sol, la bouteille d'eau que j'avais commencé à boire en croisière est toute déformée...
Le soleil se couche, un Falcon se pose et vient s'ajouter à l'armada d'avions déjà entassés sur le tarmac.
Et c'est en taxi qu'on retourne au Bourget pour récupérer nos voitures. Bilan de la journée, 12h25 d'amplitude, donc presque 8h30 de vol.










