samedi 8 septembre 2012

Au-dessus d'un A380 en allant à Dijon

Départ du parking Hôtel 0 du Bourget à minuit et quelques minutes. Nous allons décoller de la piste 09, ce qui nous arrange bien, puisque nous allons à Dijon. Il fait un grand CAVOK sur toute la France. En approchant du point d'arrêt, mon captain appelle la tour :

- IBJ2XXA, on aura besoin de 30 secondes au point d'arrêt
- IBJ2XXA, reçu, alignez-vous piste 09 et attendez

D'un échange de regard, on se comprend : soit le contrôleur n'a pas écouté (ce qui arrive régulièrement, c'est le syndrome "J'entends ce que je m'attends à entendre", qui touche aussi les pilotes), soit il est un peu fatigué, ce qui n'aurait rien d'étonnant à cette heure tardive.

- IBJ2XXA, négatif, on n'est pas prêt, on a besoin d'une trentaine de secondes au point d'arrêt !
- IBJ2XXA, maintenez le point d'arrêt 09 et rappelez prêt !

On fait nos essais, puis on est autorisé au décollage. En montée, on quitte la tour du Bourget pour passer avec le contrôleur de De Gaulle, qui nous fait monter au niveau 100.

- De Gaulle Départ, Air France XXX Super, en montée vers le 60 pour plus haut !
- AF XXX Super, maintenez le niveau 60 atteignant, un avion au niveau 70, c'est un petit Beech en EVASAN.

En fait, on passe le niveau 84. Le contrôleur s'en rend compte et autorise l'A380 à monter au niveau 70. Avec l'accord de mon captain, je passe de 160 à 140 noeuds pour monter plus vite, et ne pas donner l'impression au gros que le petit n'a pas de patate !

L'A380 nous double et est autorisé à monter au-dessus de nous en croisant notre niveau. Petite rencontre amusante en tous cas ! Passage avec Paris Info, qui nous autorise direct sur Dijon, notre destination.

- IBJ2XXA, quelle est votre vitesse indiquée ?
- 140 noeuds en montée, IBJ2XXA
- J'ai un autre avion 10 nautiques derrière vous, même destination, qui vole à 168 kt. Quelle sera votre vitesse en palier ?
- 200 noeuds, IBJ2XXA
- Ok, ça ira alors !

Nous avons un cap 150, et la piste principale de Dijon-Longvic est une 17/35. Le vent est calme et il fait grand beau. J'annonce donc à mon captain que je ferais une approche à vue sur la 17, pour gagner du temps. Il appelle Dijon, dont l'ATIS annonce la piste 35 en service, en demandant la 17, et se voit répondre que ça ne va pas être possible parce que l'avion qui nous suit va prendre la 35.

En fait, on peut choisir la piste qu'on veut, puisqu'on est les premiers à arriver, que le vent le permet, et que c'est un agent AFIS dans la tour. Petite négociation pleine de diplomatie, et c'est OK pour la 17. On nous demande juste de dégager la piste rapidement par un 180°.

On demande à Paris une petite altération de cap vers la gauche pour contourner la ville de Dijon, et j'entame la descente plein pot, avec environ 320 kt de vitesse sol en descente. Finale, j'atterris et je mets les reverse. Pendant que j'entame mon demi-tour sur la piste, l'avion qui nous suit, un Beech 200 de 3A, appelle. Est-il déjà en finale ? Non, il annonce qu'il libère le FL100. C'était large !

Au parking, on se gare à côté de notre Citation qui a amené une autre équipe un peu plus tôt. Les collègues dorment. Le Beech 90 arrive quelques minutes plus tard. Je discute un peu avec un des pilotes, puis on essaye de dormir un peu dans l'avion. Je n'ai pas sorti mon sac de couchage, ni pris une des couvertures, et il commence à faire frais. Heureusement, le téléphone sonne quelques minutes plus tard : le chirurgien est là dans 10 minutes.

On décolle en 17, et dès le passage avec Paris Info, le contrôleur nous autorise vers le VOR de Coulommiers. Efficace ! Il ajoute qu'il va négocier avec De Gaulle pour un guidage court vers l'ILS 07. Je lui demande s'il peut plutôt demander pour nous une approche à vue en piste 03, pour nous éviter de faire tout le tour de Paris. Les approches à vue sont interdites dans la TMA de Paris (De Gaulle, Orly, Le Bourget, Villacoublay) sauf... pour les vols EVASAN (et les vols gouvernementaux). Et on ne s'en prive pas, ça fait gagner de précieuses minutes, et c'est beaucoup plus sympa que faire l'ILS.

Il fait toujours super beau, on a une superbe vue sur la région parisienne et sur la capitale. Mon captain demande à la contrôleuse du Bourget d'allumer les flashs d'entrée de piste 03, ce qui nous permet d'identifier bien plus facilement le terrain. Base main droite, finale, je pose le Beech, on dégage par le taxiway C2, qui nous emmène quasiment en face de notre parking. 35 minutes de vol seulement (45 minutes bloc-bloc) ! Ce n'est pas une première, ça m'était déjà arrivé une fois sur le même vol.

Posé à 4h00 du matin. Et au lit vers 4h45, pour une bonne nuit (un peu décalée)...

10 commentaires:

Thomas L. a dit…

Toujours un plaisir de te lire Olivier. Tu fais un boulot admirable ... continue !

Thomas, un lecteur fidèle mais peu bavard ;-)

LJ35 a dit…

Merci pour le compliment sur le plaisir de lecteur, Thomas !

Non, je ne fais pas un boulot admirable, je fais juste mon job, le mieux possible.

nfkb0 a dit…

@LJ35 ben faut quand même une bonne dose d'abnégation pour accepter des horaires difficiles comme ça.

On est donc en droit d'admirer ça :) na ! :)

Albé a dit…

ça fait plaisir de te voir reprendre la plume, merci pour ces lignes collègue !

Pierre-Hugues a dit…

si si tu fais un job formidable.

je suis jaloux.

:-)

Simon a dit…

friMerci Olivier de ce récit
Es tu encore meilleur pilote que narrateur? Peu importe, en tout cas tu nous fait vivre le vol comme si nous étions dans le cockpit!

LJ35 a dit…

Albépilot > Merci collègue ! Toi t'es un peu feignasse sur ton blog !

PH > Bah moi je suis jaloux de ton job (et de ton salaire), donc on échanger quand tu veux ! :-)

Simon > Je pilote beaucoup moins bien que je n'écris, malheureusement ! :-)

Unknown a dit…

Ca me fait plaisir de te lire de nouveau ! :))

airjohnjohn a dit…

Bonour, je viens de découvrir ce blog que je vais suivre attentivement de plus pres maintenant, nouveau conquis !
petite question de débutant, tu as écris :
"je passe de 160 à 140 noeuds pour monter plus vite"

j'aurai penser que plus on va vite, plus on monte vite non?

fly safe, john

LJ35 a dit…

Tatane > Sur un même angle de montée, oui, plus tu as une vitesse élevée, plus tu montes vite.

Mais à 140 kt, tu as un angle de montée plus important qu'à 160, donc tu as une vitesse horizontale plus faible, mais une vitesse verticale plus élevée.