Départ du parking Hôtel 0 du Bourget à minuit et quelques minutes. Nous allons décoller de la piste 09, ce qui nous arrange bien, puisque nous allons à Dijon. Il fait un grand CAVOK sur toute la France. En approchant du point d'arrêt, mon captain appelle la tour :
- IBJ2XXA, on aura besoin de 30 secondes au point d'arrêt
- IBJ2XXA, reçu, alignez-vous piste 09 et attendez
D'un échange de regard, on se comprend : soit le contrôleur n'a pas écouté (ce qui arrive régulièrement, c'est le syndrome "J'entends ce que je m'attends à entendre", qui touche aussi les pilotes), soit il est un peu fatigué, ce qui n'aurait rien d'étonnant à cette heure tardive.
- IBJ2XXA, négatif, on n'est pas prêt, on a besoin d'une trentaine de secondes au point d'arrêt !
- IBJ2XXA, maintenez le point d'arrêt 09 et rappelez prêt !
On fait nos essais, puis on est autorisé au décollage. En montée, on quitte la tour du Bourget pour passer avec le contrôleur de De Gaulle, qui nous fait monter au niveau 100.
- De Gaulle Départ, Air France XXX Super, en montée vers le 60 pour plus haut !
- AF XXX Super, maintenez le niveau 60 atteignant, un avion au niveau 70, c'est un petit Beech en EVASAN.
En fait, on passe le niveau 84. Le contrôleur s'en rend compte et autorise l'A380 à monter au niveau 70. Avec l'accord de mon captain, je passe de 160 à 140 noeuds pour monter plus vite, et ne pas donner l'impression au gros que le petit n'a pas de patate !
L'A380 nous double et est autorisé à monter au-dessus de nous en croisant notre niveau. Petite rencontre amusante en tous cas ! Passage avec Paris Info, qui nous autorise direct sur Dijon, notre destination.
- IBJ2XXA, quelle est votre vitesse indiquée ?
- 140 noeuds en montée, IBJ2XXA
- J'ai un autre avion 10 nautiques derrière vous, même destination, qui vole à 168 kt. Quelle sera votre vitesse en palier ?
- 200 noeuds, IBJ2XXA
- Ok, ça ira alors !
Nous avons un cap 150, et la piste principale de Dijon-Longvic est une 17/35. Le vent est calme et il fait grand beau. J'annonce donc à mon captain que je ferais une approche à vue sur la 17, pour gagner du temps. Il appelle Dijon, dont l'ATIS annonce la piste 35 en service, en demandant la 17, et se voit répondre que ça ne va pas être possible parce que l'avion qui nous suit va prendre la 35.
En fait, on peut choisir la piste qu'on veut, puisqu'on est les premiers à arriver, que le vent le permet, et que c'est un agent AFIS dans la tour. Petite négociation pleine de diplomatie, et c'est OK pour la 17. On nous demande juste de dégager la piste rapidement par un 180°.
On demande à Paris une petite altération de cap vers la gauche pour contourner la ville de Dijon, et j'entame la descente plein pot, avec environ 320 kt de vitesse sol en descente. Finale, j'atterris et je mets les reverse. Pendant que j'entame mon demi-tour sur la piste, l'avion qui nous suit, un Beech 200 de 3A, appelle. Est-il déjà en finale ? Non, il annonce qu'il libère le FL100. C'était large !
Au parking, on se gare à côté de notre Citation qui a amené une autre équipe un peu plus tôt. Les collègues dorment. Le Beech 90 arrive quelques minutes plus tard. Je discute un peu avec un des pilotes, puis on essaye de dormir un peu dans l'avion. Je n'ai pas sorti mon sac de couchage, ni pris une des couvertures, et il commence à faire frais. Heureusement, le téléphone sonne quelques minutes plus tard : le chirurgien est là dans 10 minutes.
On décolle en 17, et dès le passage avec Paris Info, le contrôleur nous autorise vers le VOR de Coulommiers. Efficace ! Il ajoute qu'il va négocier avec De Gaulle pour un guidage court vers l'ILS 07. Je lui demande s'il peut plutôt demander pour nous une approche à vue en piste 03, pour nous éviter de faire tout le tour de Paris. Les approches à vue sont interdites dans la TMA de Paris (De Gaulle, Orly, Le Bourget, Villacoublay) sauf... pour les vols EVASAN (et les vols gouvernementaux). Et on ne s'en prive pas, ça fait gagner de précieuses minutes, et c'est beaucoup plus sympa que faire l'ILS.
Il fait toujours super beau, on a une superbe vue sur la région parisienne et sur la capitale. Mon captain demande à la contrôleuse du Bourget d'allumer les flashs d'entrée de piste 03, ce qui nous permet d'identifier bien plus facilement le terrain. Base main droite, finale, je pose le Beech, on dégage par le taxiway C2, qui nous emmène quasiment en face de notre parking. 35 minutes de vol seulement (45 minutes bloc-bloc) ! Ce n'est pas une première, ça m'était déjà arrivé une fois sur le même vol.
Posé à 4h00 du matin. Et au lit vers 4h45, pour une bonne nuit (un peu décalée)...
samedi 8 septembre 2012
vendredi 31 août 2012
Spotting à Bordeaux
En ce dernier jour du mois d'août, direction Bordeaux. Plus de passagers que d'habitude à l'aller pour une mission organes puisque nous avons pas moins de cinq chirurgiens à bord.
Habituellement une équipe est constituée de deux personnes (en général un chirurgien expérimenté et un interne). Il arrive que nous transportions un seul médecin, ou au contraire deux équipes (quatre personnes en général). Mon record étant une seule équipe de six personnes pour la première greffe totale de visage en juin 2010.
Après une bonne heure de vol, apparaît tout à coup sur l'horizon l'immense boucle de la Gironde:
Une fois nos chirurgiens partis vers l'hôpital, nous profitons du soleil. Les missions organe en pleine journée sont rares, habituellement elles ont lieu de nuit. Je spotte l'arrivée d'un gros pépère :
Puis, une heure plus tard, nous observons son départ :
Habituellement une équipe est constituée de deux personnes (en général un chirurgien expérimenté et un interne). Il arrive que nous transportions un seul médecin, ou au contraire deux équipes (quatre personnes en général). Mon record étant une seule équipe de six personnes pour la première greffe totale de visage en juin 2010.
Après une bonne heure de vol, apparaît tout à coup sur l'horizon l'immense boucle de la Gironde:
Une fois nos chirurgiens partis vers l'hôpital, nous profitons du soleil. Les missions organe en pleine journée sont rares, habituellement elles ont lieu de nuit. Je spotte l'arrivée d'un gros pépère :
Puis, une heure plus tard, nous observons son départ :
Le retour se fera pour nous avec une seule équipe (deux chirurgiens) et un organe. Un autre avion est venu à vide pour ramener la deuxième équipe et leur organe.
mercredi 29 août 2012
Rencontre avec un ancien élève devenu copilote sur King Air
Bloc à 8h00 très précise ce matin au Bourget, exactement à l'heure prévue; C'est rare pour les missions de rapatriement sanitaire, les médecins arrivant souvent un peu tard pour permettre un départ à l'heure. Sachant qu'il y a beaucoup de matériel à charger et à arrimer dans l'avion, il y a un délai, bien plus long que pour des passagers VIP, entre leur arrivée au Bourget et notre départ.
Direction Montpellier, où nous atterrissons après une 1h30 de vol. nous sommes garés sur le parking A, juste à côté du Beech 200 d'Oyonnair dont le copilote n'est autre qu'Albéric, un de mes amis.
En décembre 2009, juste après avoir obtenu ma qualification instructeur, je lui faisais son habilitation vol de nuit. Je l'avais également accompagné sur quelques vols pendant son mûrissement pour lui donner quelques conseils. Et aujourd'hui, nous volons tous les deux sur King Air, accomplissant les mêmes missions !
Deux heures plus tard, l'équipe médicale est revenu avec une petite patiente et sa maman. Nous décollons pour le nord de la France. Un peu plus d'une heure est nécessaire à l'ambulance pour raccompagner la patiente chez elle, et nous repartons pour le Bourget.
Après un atterrissage court en piste 27, nous dégageons par la piste 03, comme à notre habitude, pour gagner du temps au roulage. Et nous y suivons un A340 qui s'est posé sur la piste 25 et remonte la 03 vers son parking :
4h15 de vol aujourd'hui, trois aéroports, une petite fille ramenée chez elle, et un copain croisé en cours de mission : une bonne journée !
Direction Montpellier, où nous atterrissons après une 1h30 de vol. nous sommes garés sur le parking A, juste à côté du Beech 200 d'Oyonnair dont le copilote n'est autre qu'Albéric, un de mes amis.
En décembre 2009, juste après avoir obtenu ma qualification instructeur, je lui faisais son habilitation vol de nuit. Je l'avais également accompagné sur quelques vols pendant son mûrissement pour lui donner quelques conseils. Et aujourd'hui, nous volons tous les deux sur King Air, accomplissant les mêmes missions !
Deux heures plus tard, l'équipe médicale est revenu avec une petite patiente et sa maman. Nous décollons pour le nord de la France. Un peu plus d'une heure est nécessaire à l'ambulance pour raccompagner la patiente chez elle, et nous repartons pour le Bourget.
Après un atterrissage court en piste 27, nous dégageons par la piste 03, comme à notre habitude, pour gagner du temps au roulage. Et nous y suivons un A340 qui s'est posé sur la piste 25 et remonte la 03 vers son parking :
4h15 de vol aujourd'hui, trois aéroports, une petite fille ramenée chez elle, et un copain croisé en cours de mission : une bonne journée !
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vendredi 8 juin 2012
LJ35 à LJLJ (Ljubljana, Slovénie)
Quand on a pour destination une ville dont le nom n'est pas facilement prononçable qu'on commence à se dire qu'on voyage... C'était le cas hier, puisque nous sommes allés à Ljubljana (le J se prononçant "z" en slovène).
Après avoir appris, mercredi soir, notre destination, j'ai cherché sur Internet. D'abord pour confirmer la localisation. Ljubljana est la capitale de la Slovénie, jeune état né en 1991 de la partition de la Yougoslavie. La Slovénie se situe au nord du territoire de l'ex-pays du bloc soviétique, au sud de l'Autriche, à l'est du nord de l'Italie, et au nord de la Bosnie.
Ensuite, j'ai cherché sur le Net comment dire Bonjour, Au revoir et Merci, et j'ai noté ça sur mon iPad, pour pouvoir les utiliser à la radio.
Départ à 8h00 du Bourget. On obtient assez rapidement une directe vers la Suisse, et on aborde la traversée des Alpes après un petit briefing sur le niveau auquel on descendrait en case de dépressurisation (le FL150).
On arrive en Autriche, avant de pénétrer dans l'espace aérien slovène. Ljubljana possède un ILS sur la piste 26, qui est en service, mais il est hors service. Ce sera donc une approche VOR. Il fait beau là bas, et le contrôleur nous propose une approche à vue, mais la visibilité horizontale n'est pas exceptionnelle, et on préfère donc faire la procédure.
A l'arrivée nous attend une ambulance toute jaune :
Le médecin et l'infirmière partent vers l'hôpital. Ils en ont pour 2h30 environ. Le camion de fuel arrive, et j'en profite pour tester mon slovène. Je m'avance vers le chauffeur et lui temps la main en lui disant : "Dober dan !". Mon accent ne doit pas être trop pourri parce qu'il sourit et me dit la même chose, avec un accent pas trop éloigné du mien. Pour lui indiquer les quantité à avitailler (pleins complets dans les réservoirs extérieurs, et 150 litres par réservoir auxiliaire), je repasse à l'anglais. Une fois le plein terminé, je lui dis "Hvala" (dur à prononcer, ça), puis, quand il prend congé : "Nasvidenje".
Sur le parking, à côté de nous, un joli petit Sinus :
Nous allons visiter l'aérogare de l'aviation générale. Sur un écran, seulement quatre vols, dont le nôtre (qui est le seul dont la destination se situe en dehors du territoire de l'ex-Yougoslavie, puisque les trois autres sont pour la Bosnie).
On a le temps de déjeuner tranquillement dans l'avion, puis d'attaquer une mise à jour Jeppesen avant le retour des médecins. On embarque le patient sur sa civière, et c'est reparti. La procédure de départ nous fait partir dans l'est du terrain avant de nous ramener vers l'ouest. Nous repassons au sud du terrain, dont le code OACI (LJLJ) est assez amusant pour moi, étant donné mon pseudo (LJ35).
Un peu plus loin, nouveau petit clin d'oeil sur le GPS, puisque nous passons à proximité du VOR de Klepten dont le code, KPT, est le même que l'immatriculation de notre Beech. Le VOR était sur notre route, mais les contrôleurs nous ayant donné une directe vers Lille (alors que nous sommes encore au-dessus de l'Allemagne), le KPT passe au nord de KPT.
A l'aller, nous avions un bon vent dans le dos, et forcément, au retour, il est de face. 219 noeuds seulement en vitesse sol. On rame donc un peu, et malgré la directe, on met 2h30 à arriver à Lille, où je négocie une VOR-DME 26 (l'ILS 26 est en panne, décidément), bien que ce soit le 08 en service.
Pendant que médecin et infirmière emmènent le patient au centre hospitalier, je vais faire un petit coucou aux contrôleurs (Merci Pouipouine !) pour passer le temps. Puis c'est le rapide retour vers Paris, en jouant à cache cache avec de gros cumulus joufflus dans une superbe lumière de fin de journée, avec le soleil de mon côté. Près de 5h30 de vol au total, une bonne petite journée et un pays de plus sur la liste de ceux visités en Beech (le 14e).
vendredi 1 juin 2012
Rencontres nocturnes avec des amis pilotes pros
Pour une fois, le préavis était large : appel à 20h pour un décollage à 0h15 (en général, pour un organe, on est prévenu 1h30 max avant le décollage). On descend chercher ce qu'on appelle "une mallette", c'est à dire qu'on part à vide, on récupère la mallette (qui est une glacière, en fait, contenant l'organe qui a été prélevé par les chirurgiens d'une autre équipe), et on remonte sans passager.
Avec un peu d'avance sur l'horaire, on décolle à 0h05 du Bourget. A 1h15, on est sur l'ILS 13R de Marseille-Provence. Un DA42 de l'ESMA se reporte en vent arrière pour la piste 13R.
L'avion de l'ESMA : Ce ne serait pas Olivier dans le Beech ?
Moi : si, c'est Olivier, salut Harold !
Harold : comment tu as su que c'était moi ?
Moi : Je suis trop fort !
Harold : en effet, tu es trop fort !
Quand on commence la formation PPL, on a parfois peur de parler à la radio. Quelques années plus tard, on dit des bêtises sur la fréquence tour de Marseille-Provence, le 5e plus gros aéroport français. Il faut dire que c'est la nuit, qu'on est les deux seuls avions sur la fréquence, et que ça se fait avec la complicité bienveillante du contrôleur, qui lui aussi est d'humeur joyeuse :
Contrôleur : IBJ201A, information de trafic, un DA42 à vos 1 heure en vent arrière 13R.
Moi : on a visuel sur le petit DA42, IBJ201A !
Contrôleur : petit, petit... Vous allez le vexer !
Moi : Mais c'est fait exprès !
(Pour les esprits chagrins qui me lisent, je précise que c'était du second degré pour taquiner mon ami Harold. Nulle prétention dans mes propos (d'ailleurs, pilotant un petit avion moi-même, je serais mal placé pour critiquer la taille des avions).
Et, comme je l'avais déjà dit ici, quand j'étais en formation dans mon "petit" PA28 Arrow ou Seneca, j'avais apprécié d'entendre certains pilotes pros, sur des avions plus ou moins gros (dont des King Air) utiliser le mot "collègue" pour parler de moi en fréquence. Et moi aussi, il m'est déjà arrivé de l'utiliser à propos d'avions très légers, ou de dire "le joli DR400" là ou certains pilotes de gros parlent de "petit avion" (à croire qu'ils ne savent même pas l'identifier).
Mais revenons à nos petits moutons :
Le contrôleur, à l'avion de l'ESME : vous pouvez vous reporter en finale 13R derrière votre collègue.
(Dans le cockpit, mon captain, qui est aussi taquin que moi : "Ha non, c'est pas notre collègue !!")
Harold : Quelle est la vitesse sol du Beech 200 s'il vous plait ?
Contrôleur : comme vous... 100 kt
(En fait, on avait 114 kt)
Harold : ha, on va réduire un peu alors !
Mon captain pose délicatement l'avion sur la piste, et on roule vers le parking aviation générale ou attendent déjà deux "petits" avions venus eux aussi chercher des organes. Un Merlin de Dôle, et un autre Beech 200, basé à Lyon-Bron.
Et grâce à la présence de ce dernier, j'ai le plaisir, après avoir croisé Harold sur les ondes, de rencontrer un autre pote, lui aussi pilote pro et qui, lui aussi, travaille cette nuit au lieu de dormir : Albéric, qui lui aussi raconte ses vols de pilote de Beech sur un blog.
Deux amis croisés en en quelques minutes (et en pleine nuit) sur le même aéroport, ça fait bien plaisir...
Pour terminer, deux photos prises au retour, en approchant Paris, au lever du soleil :
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