mercredi 12 décembre 2012

Obtenir une approche à vue au Bourget


Le pitch : retour du sud-est de la France (donc vol déjà un peu long sans vent), avec des poumons à bord (délai avant transplantation relativement court), et beaucoup de vent de face. 

Dès le premier contact avec Marseille Contrôle (dans lequel je précise "Transport d'organes"), on a une directe vers URELO, ce qui n'est pas trop mal, même si ce n'est pas l'IAF (OKIPA) qui se trouve juste après. Pour gagner du temps, je propose à mon captain de demander CLM, que Marseille m'accorde après accord de Paris.



On s'approche du Bourget, et je prends l'ATIS. C'est face à l'est. Ce qui n'arrange pas du tout nos affaires, puisqu'on arrive du sud est et qu'on va devoir poursuivre jusqu'à Coulommiers avant de prendre plein ouest pour faire le tour de Paris.

Je demande donc à Paris si on peut envisager une approche à vue sur la 03. Paris transmet à De Gaulle, et me demande de voir avec eux quand je les contacterai.

- De Gaulle, IBJXXX bonjour, niveau 160 vers CLM, transport d'organes
- IBJXXX bonjour, arrivée OKIPA1E pour l'ILS 07 au Bourget
- IBJXXX, on a un organe urgent à bord et on a eu un fort vent de face pendant tout le vol, est ce qu'on peut faire une approche à vue 03 ?
- Je comprends, mais on a des arrivées, et en cas de remise de gaz…
- Pour info, en cas de remise de gaz, on peut avoir dégagé l'axe avant le bout de piste
- Ouiiiii, mais c'est ennuyeux quand même, on va vous faire un guidage court !

Caramba, raté !

- IBJXXX, dans ce cas, est ce qu'on peut faire directe OL pour raccourcir un peu ?
- Bien sûr, faites direct Orly si ça vous raccourcit !

(Ils ne connaissent pas bien la géographie parisienne, les contrôleurs ? :-) )

On fonce vers Orly et on voit la tache noire du Bourget. C'est quand même con… On discute, et on se dit que si c'est la remise de gaz qui leur pose problème, on pourrait peut-être demander une approche à vue 07…

Demande accordée ! On vire à droite, cap sur LBG. J'appelle Le Bourget :

- Le Bourget, IBJXXX bonjour, est ce que vous pourriez nous allumer les flash d'entrée de piste 03 ?
- Heuu, mais vous vous posez bien sur la 07 ?
- Affirm, mais les flash de la 03 nous aident à repérer le terrain

Ca flashe à fond, et le terrain nous saute aux yeux. On est à 3 minutes, à 240 kt. De gaulle nous rappelle :

- IBJXXX, on a un trou dans nos départs, on va peut-être pouvoir vous proposer la 03, on vérifie avec Le Bourget
- On est preneurs de la 03, IBJXXX
- IBJXXX, autorisé approche à vue 03, passez avec le Bourget 118,925
- Autorisé approche à vue 03 et 118,925, IBJXXX, merci et bonne nuit !

Volets approach, procédure finale, volets full, final check, et nous voilà en base main droite pour la 03.

Conclusion : les contrôleurs de De Gaulle, habitués à leurs gros machins à réaction, n'ont aucun idée des performances de notre petit Beech 200 qui se pose en 400 mètres, et qui peut donc largement, en cas de remise des gaz, avoir dégagé l'axe bien avant la fin des 2 665 mètres de la piste 03...

12.12.12

C'était la dernière année pour indiquer XY/XY/XY sur le carnet de vol, puisque l'an prochain, ce ne sera pas possible, cause fin du monde. Et même si la fin du monde n'a pas lieu, 13/13/13, ça sera difficile.

Mon carnet de vol électronique indique "12-déc-12), mais sur l'impression pdf au format Jeppesen Logbook, ça sera bien marqué 12/12/12, ce qui est quand même plus joli visuellement. J'ai sans doute été dans les premiers en France à voler à cette date, puisqu'on a décollé à 0245Z.

Ce n'est que la troisième fois que j'arrive à mettre sur mon carnet de vol un vol en XY/XY/XY, bien que j'aurais pu théoriquement le faire 12 fois, puisque je vole depuis 2000. La première fois, c'était le 02/02/02 en PA28 pour un vol local au départ de Lognes, et la deuxième le 09/09/09 en Seneca pour une nav CPL au départ de Bristol.

mercredi 28 novembre 2012

Des idées de cadeaux aéro pour Noël

Certains de mes lecteurs le savent, d'autres non : j'ai une petite activité d'édition en parallèle de mon boulot de pilote.

C'est bientôt Noël, donc n'hésitez pas, faites plaisir, ou faites-vous plaisir, ou encore donnez des idées de cadeaux à vos proches ! Et commandez sur www.ankidoo.fr plutôt que sur Fnac.com ou Amazon, ça m'évite de verser 40% du prix du bouquin à la Fnac :-)

"Artisan pilote" et "Cargo de nuit", deux livres dans lesquels Jan Tutaj raconte ses souvenirs de vols :



"Contes à tire d'ailes", de Jan Tutaj encore, un petit recueil de contes aéronautiques pleins de poésie et de magie, tout à fait dans l'esprit de Noël, à 5 euros seulement :-)


"Le bal des breloques", mon préféré des quatre livres de Jan Tutaj. Il laisse livre cours à son imagination pour nous plonger dans les aventures de pilotes de meeting des années 30, plongés dans la tourmente de l'Histoire, la grande, en pleine montée du péril nazi.


Enfin, "Le ciel est notre terrain de jeu", le livre d'un pilote (pas encore professionnel quand il a écrit ce bouquin) bien connu des lecteurs de ce blog (dédicace sur demande) :


Et comme je dis parfois aux lecteurs : un petit éditeur aéronautique comme moi n'a que le bouche à oreilles pour faire connaître ses bouquins, donc si vous lisez et appréciez, n'hésitez pas à en parler autour de vous ! Pour commander : www.ankidoo.fr

L'art de demander (et d'obtenir) des directes

L'une des choses essentielles qu'on apprend pendant une formation CPL, c'est d'être opérationnel.

Un pilote privé vole pour son plaisir, paye lui même son vol, et il peut, à l'envie, faire des détours entre son terrain de départ et sa destination. Un professionnel est payé pour être efficace, et notamment pour arriver le plus vite possible à destination. Les passagers, par définition toujours pressés, seront contents d'être à l'heure (et encore plus s'ils sont en avance), et, surtout, la compagnie sera ravie, puisque chaque minute de moins passée en l'air (mais aussi au sol moteurs tournants) représente une économie substantielle en carburant. C'est aussi plus écologique, et plus les vols sont courts, moins l'espace aérien et les contrôleurs sont occupés longtemps.

Obtenir la meilleure directe possible est donc un but pour tous les pilotes professionnels. Inutile de dire qu'elle est encore plus importante quand on est en EVASAN, et notamment en transport d'organe. Et elle est aussi beaucoup plus facile à obtenir, les contrôleurs étant évidemment on ne peut plus coopératifs dans ce cas. Mais obtenir une bonne directe reste un art. Il ne faut pas la demander n'importe comment, n'importe quand, à n'importe quel endroit. C'est toute une stratégie, et c'est un jeu que j'aime beaucoup.

Je me rappelle, à mes débuts, un décollage du Bourget en 09, et, à peine deux minutes après le lever des roues, un messages de De Gaulle : "Directe Marseille". Notre destination, à 350 NM de là ! Certes, c'était en pleine nuit, heures bénies où les militaires dorment et ne nous cassent pas les couilles avec leurs zones, impénétrables même aux transports d'organes.

Notre but, quand on arrive du sud, c'est d'obtenir une directe soit vers OKIPA (notre IAF au du-est de Paris, vers la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine) ou vers BANOX (l'IAF du sud-ouest, à proximité de Chartres). Il faut souvent épeler ces points à Bordeaux ou Marseille contrôle, dont les contrôleurs ne connaissent évidemment pas ces points de région parisienne.

Quand on arrive de l'est ou de l'ouest, pour éviter de faire un détour par ces IAF, on tente encore plus directe : BT, c'est à dire le VOR du Bourget.

Par exemple, il y a quelques temps, on décolle de Brest avec un coeur à bord, et beaucoup de vent de face sur le trajet du retour. Brest nous passe avec Landivisiau.

- Landi, IBJXXX bonjour, en montée vers FLXXX sur XXX, on a un coeur à bord et beaucoup de vent de face, on souhaiterait une route la plus directe possible vers le Bourget s'il vous plait.
- IBJXXX bonjour, directe BT
- Directe BT, IBJXXX, merci beaucoup monsieur !

On fonce donc droit sur Paris pendant 150 NM. Je tente l'option approche à vue en piste 03, qui m'est refusée. Un peu plus tard, je demande si on aura un guidage radar par le nord ou le sud de Paris.

- Ce sera par le nord, IBJXXX
- Dans ce cas, IBJXXX, on est preneur d'une verticale Le Bourget suivie d'un virage à droite pour une base main droite pour la piste 03.
- Heuuuu, vous voulez faire quoi exactement, IBJXXX ????
- Une approche à vue 03 par un virage droite après la verticale. Ou si vous préférez, une base main gauche 03.
- IBJXXX, on va vous transférer rapidement avec Le Bourget pour une approche à vue

De Gaulle nous fait descendre, puis nous passe avec la tour du Bourget. On passe quasiment verticale du stade de France, et on arrive en base main gauche pour la piste 03. On est très familiers de la base maison droite 03 en arrivant de l'est (quand Roissy et Le Bourget sont face à l'est), mais la base main gauche, c'était une première !

Un autre jour, au départ de Rennes, avec une météo pourrie en région parisienne qui nous laisse penser qu'on devra remettre les gaz et dérouter sur De Gaulle ou Orly, je demande dès mon message de mise en route à la tour de négocier avec le départ une directe BT dès que possible après le décollage. On aura la directe BT dans la clearance de départ !

Parfois, les contrôleurs nous disent "je vous rappelle", et de longues minutes passent sans nouvelles. Nous a-t-il oublié ou pas ? On ne veut pas l'agacer en le relançant alors qu'il est peut-être en train de négocier pour nous, mais peut-être nous a-t-il happé (ça arrive, c'est humain...) Il faut donc savoir quand relancer, quand être patient, mais personnellement, quand j'ai un organe à bord, je n'ai pas scrupule à insister, je pense que les contrôleurs ne m'en tiennent pas rigueur.

C'est, en tous cas, un aspect de la gestion du vol que j'aime beaucoup...
 

mercredi 10 octobre 2012

EVASAN Day

Vous avez peut-être déjà vu la vidéo très sympa de mon confrère qui raconte une longue journée d'EVASAN sur son Beech 1900. Voici, en images, une mission d'il y a quelques jours en EVASAN également :


7h45 : alignement au Bourget. Il est tôt, et la journée va être longue...


3000 ft, entre Roissy et Lognes : le soleil se lève sous la pluie


Cap au sud au-dessus des nuages, plus de pluie, uniquement le soleil et le ciel bleu !


3h30 plus tard, en finale sur la 09 (aussi) à Djerba.


11h30 (heure de Paris) : devant l'aérogare, l'ambulance venue chercher médecin et infirmier


Djerba Secours roule en Fiat.


14h00 : en vue de la presque-île de Giens et de l'île de Porquerolles.


Un peu plus tard, ça givrote un peu sur le pare-brise.


19h30 : en approche de Lille, des nuages roses (tout gentils ?)


Avant de rentrer dans la couche...


20h00 : on vient de redécoller de Lille pour Paris, le soleil se couche.

Atterrissage de nuit au Bourget à 20h40. Quatre étapes (Le Bourget-Djerba-Lyon Bron-Lille-Le Bourget), 9h30 de vol, 13h40 d'amplitude. Une bonne journée !