lundi 24 janvier 2011

Compétence linguistique française

Depuis que j'ai mon CPL anglais, je n'ai plus mon PPL français (puisqu'on ne peut détenir qu'une seule licence JAR à la fois). En perdant mon PPL, j'avais perdu ma compétence linguistique française.

Officiellement, je n'avais plus le droit de parler français à la radio puisque je n'avais pas de mention, sur ma licence anglaise, prouvant mon niveau de français.


J'ai profité du renouvellement de la validation de mon CPL anglais par le DGAC pour résoudre enfin le problème. Je suis à nouveau officiellement au niveau pour parler français. Ouf !

lundi 17 janvier 2011

Première mission de l'année

Ma première mission de l'année en King Air fut un vol international Mais avant de mettre le cap sur l'Angleterre, nous avons d'abord fait un détour par Toussus-le-Noble, ou nous devions embarquer nos passagers. Un premier vol à vide, donc, et très court : 30 minutes, dont 20 minutes seulement en l'air.

Escale rapide, et c'est reparti. Sous nos ailes, la Picardie est toute blanche...


On fonce vers OPALE, le point à proximité de la côte du même nom, et voici la Manche, et Paris Controle nous balance avec les contrôleurs londoniens. Ces derniers ont quasiment tous l'accent londonien et sont très facilement compréhensibles. Pour une fois, ce n'est pas à Oxford que nous allons, mais à Norwich, au nord-est de Londres.

Capitale du compte de Norfolk, la ville est connue pour avoir donné son nom à la Norwich Union, célèbre compagnie d'assurance créée voici plus de deux siècles, et qui fait de la pub à la télé aux heures où la regardent les vieux !

Pendant la descente vers Norwich, je prends une dernière photo avant de me concentrer sur l'arrivée.


Une fois nos passagers partis, on va s'installer dans le conforable Crew Room, où je remarque la maquette d'un A380 aux couleurs d'une compagnie que je ne savais pas cliente du gros porteur !


Première fois à Norwich, donc il faut faire un peu de tourisme. C'est, parait-il, la ville d'Europe du Nord qui compte le plus d'églises médiévales. On en croise en effet un certain nombre pendant notre balade.


Déjeuner en ville, puis rebalade, et enfin un petit chocolat chaud dans un pub pour se réchauffer, parce que ça pèle un peu, dans le coin !

Le retour est assez long, il nous fait longer la côte anglaise et traverser en face de Deauville... Puis il faut faire une partie du tour de l'île de France pour retrouver Toussus. Où nous remettons un peu de carburant, juste pour être plus à l'aise, la météo était assez pourrie en région parisienne.


[Ajout du 23/01] Puisque le paragraphe ci-dessus ne semble pas vous convenir pour termine l'article, j'ajoute une ligne.

"Nous avons ensuite redécollé pour un court vol vers le Bourget."

Pour info, mes articles ne sont pas destinés à être des descriptions exhaustives de chaque vol, de la visite prévol à mon retour chez moi, hein !

vendredi 31 décembre 2010

Bilan et rétrospective 2010

L'année qui se termine est l'occasion d'en faire un bilan, comme je l'avais fait l'an dernier (voir bilan 2009 et rétrospective 2008-2009).

475 heures de vol en 2010 (344 sur Beech 90 et 200, 128 en instruction, et 3 heures sur avion léger hors instruction), contre 175 heures en 2009, et seulement 22 heures en cumulé entre 2005 et 2006... J'ai doublé mes heures de vol en 13 mois, puisque j'en avais 500 à la fin de mon stage FI, en novembre 2009, et que j'ai passé les 1000 ce mois-ci.

Au bilan de l'année aussi, la MCC, la QT Beech 90/200 (qui est ma première, mais loin d'être la dernière), mon premier boulot comme pilote pro, et le début d'une expérience en biturboprop, en TPP et en travail en équipage.

Petite rétrospective de mon année 2010 :

Janvier :

Ce mois, qui sera mon dernier à faire de l'instruction à plein temps ou presque, est marqué par les grosses chutes de neige. Après pas mal de vol de nuit les premiers jours, la neige entraîne la fermeture de Toussus pendant près d'une semaine. C'est aussi en janvier qu'a lieu Aéroski 2010, avec les Jeunes Ailes.


Février :

Début février, je reçois de la DGAC la lettre de validation de mon CPL britannique. Je passe les caps des 600 heures totales et de ma 100e heure d'instruction. Mais février, c'est surtout le mois du début de ma MCC, que j'ai faite en Angleterre, à Bournemouth, chez European Skybus.

Mars :

En mars, suite et de la MCC, avec les premiers vols au simu, un exercice de dépressurisation, etc. Puis c'est la QT Beech 90/200. C'est aussi ma première véritable urgence en vol, avec un dégagement de fumée en cabine pendant un vol d'instruction en Rallye. Et c'est le mois de la première embauche comme pilote pro, et de ma première mission en tant que pilote salarié.

Avril :

Mois de l'AEL (Adaptation En Ligne). Au début du mois, j'ai le plaisir de croiser en fréquence, sur le même vol, un ami dans un Embraer, et un autre dans son centre de contrôle. Avril a aussi été marqué par l'éruption du volcan islandais, avec quelques difficultés de redémarrage des aéroports. Au programme de ce mois également, un vol vers l'Allemagne, et ma première mission vers le Portugal.

Mai :

En mai, premier vol vers l'Espagne pour ma première mission de transport de fret. Et ma formation sauvetage et secourisme au BEPN d'Air France.

Juin :



Juillet :

Un jour de grève du contrôle, nous décollons de Pontoise et y ramenons l'avion après la mission. Ce même jour, je lâche mon premier élève PPL. Juillet se termine en mettant le cap sur la Pologne, vers Katowice. Ma destination la plus lointaine à ce jour (8h30 de vol aller-retour, plus de 2 000 NM, 7 pays survolés et 11 passages de frontière).

Août :

Je termine le mois par ma plus longue mission à ce jour, avec cinq étapes : Le Bourget Cannes Brest Kerry (Irlande) Le Havre Le Bourget. Presque 10 heures de vol, et découverte de la verte Irlande.

Septembre :

Le mauvais temps revient, avec un roulage dans le brouillard à Saint-Brieuc. Je retrouve le soleil en allant deux fois en Corse en trois jours, Bastia d'abord, puis Ajaccio et Bastia. Je fais mon premier POGO entre Villacoublay et Le Bourget. Fin septembre, ce sont les Virades de l'Espoir, pendant lesquelles je ramène des poumons pour donner une nouvelle vie à un patient atteint de la mucoviscidose.

Octobre :

Je vais à Hyères où je croise les Rafale du Charles de Gaulle, alors en cale sèche. Et je découvre pour la première fois Amsterdam et ses six pistes.

Novembre :

Un organe en matinée (un week-end) me permet de voir quelques amis lyonnais. Je bats mon record de passagers transportés (9 pax, soit 11 dans l'avion). Et on survole la France enneigée.


Décembre :

Je vole pendant la journée des grosses chutes de neige en région parisienne, et découvre le Bourget tout en blanc. Et je passe le cap symbolique des 1 000 heures de vol. Pas de réveillon de Noël en famille pour moi, je passe la nuit du 24 à voler, ramenant 5 organes, beaux cadeaux de Noël pour les patients en attente de greffe !

samedi 25 décembre 2010

Joyeux Noël !


Bonnes fêtes de fin d'année à toutes les lectrices et à tous les lecteurs de ce blog !

Merci de votre fidélité, et n'hésitez pas à poster de temps en temps un commentaire, ou à envoyer un petit mail, ça fait toujours plaisir d'avoir des retours des gens qui apprécient la lecture de de blog.

En cadeau, une petite vidéo du ré-entraînement du père Noël (c'était peu avant qu'il passe avec succès ses tests de prorogation avec un inspecteur de Transports Canada) :


Une nuit du 24 décembre en vol à jouer au papa Noël en livrant les plus beaux cadeaux du monde

Jeudi 23 décembre. Un ami, tout récent CPL-IR qui a l'occasion de faire quelques vols en safety pilot sur Beech 90, écrit sur Facebook : X is flying the King Air to Paris at night on Christmas Day, that's gonna be my best Christmas ever !!"

Ce à quoi je réponds en commentaire : "Bah moi j'aimerais bien réveillonner tranquille et ne PAS piloter le King Air la nuit de Noël (ni celle du nouvel an svp papa Nowel, merci !)"

Vendredi 24 décembre. L'après-midi a commencé, et je prévois de la laisser glisser tout en douceur jusqu'au début des agapes du soir. Sauf que...

15h40, mon téléphone pro sonne. Avant même de décrocher, je sais que mon réveillon de Noël va passer à l'as. "Salut Olivier, on part dans une heure chercher un organe à Poitiers". C'est confirmé, pas de réveillon en famille cette année ! Le délai est plus court que d'habitude. En général, on nous appelle environ 1h30 avant l'heure du décollage, avec un objectif d'être au terrain une heure avant. Là, si je me dépêche, j'aurais 40 minutes. Sauf que...

Ca bouchonne sur la route. Je mets au moins deux fois plus de temps que d'habitude, et je gare la voiture au Bourget 25 minutes avant l'heure de décollage prévue. Va falloir se dépêcher un peu. Mais sans courir, parce que le parking avions est une vraie patinoire.

L'avion est déjà dehors. Le vent est glacial, et bien que la visite prévol ne soit pas très longue, je finis le tour du King Air complètement congelé. Je sors les fiches Jeppesen du départ "L'Aigle 1J", du terrain d'arrivée et du premier terrain de déroutement pour les mettre dans le classeur "réduit" que nous allons utiliser pour le briefing aux Opérations.

Je vérifie que la cabine est propre, que les ceintures sont bien placées, qu'il y a des lingettes rafraîchissantes à portée de chaque siège. Je mets en place la presse du jour, fais le plein d'eau chaude, un complément de boissons fraiches, le plein de madeleines, petits gâteaux et bonbons (en y ajoutant quelques papillotes spéciales Fêtes), et vais chercher dans le frigo les quatre plateaux-repas destinés aux deux médecins et aux pilotes, manquant de me casser le figure en dérapant sur le verglas. Partie "Susana" de la prévol terminée !

Les médecins ne seront pas à l'heure, et ça tombe bien, ça nous laisse plus de temps pour préparer !

Je rejoins mon captain aux Ops, le "réduit" sous le bras. Pendant que j'étais à l'avion, il a bossé sur les papiers : plan de vol, log de nav, météo, notams, devis de poids et centrage, catégorisations d'aérodromes, manifeste passagers, enveloppe de vol... On étudie ensemble tout ça, ainsi que les Jeppesen. Et nous sommes prêts. Il ne manque plus que nos passagers et leur grosse glacière.

On s'installe dans le salon d'accueil des passagers pour les attendre. Dès qu'on voit arriver la grosse voiture avec le large gyrophare barré du mot "GREFFES", le captain file à l'avion pour demander la mise en route pendant que j'accueille le chirurgien et son interne. Je les fais passer le PIF (Poste Inspection Filtrage) et les accompagne jusqu'à l'avion, l'interne poussant la glacière posée sur un chariot à roulettes, et le gros sac contenant tout le matériel d'intervention étant posé sur le dessus.

On embarque et j'arrime la glacière dans la soute arrière, vérifie que la porte est bien fermée (sur le King Air, elle s'ouvre vers l'extérieur, donc si les crochets de verrouillage ne sont pas bien en place, avec la différence de pression en attitude, je vous laisse imaginer le résultat). Je referme les portes coulissantes qui séparent l'arrière de l'avion de la cabine passagers, pour limiter le niveau sonore et conserver la chaleur dans la cabine, puis je vais m'installer sur le siège droit, le fameux 00A.

On commence la procédure de démarrage du moteur numéro 1. Puis on indique au pistard qu'il peut déconnecter le groupe de parc (qui se branche sous l'aile droite sur le King Air). Une fois que c'est fait, il nous fait signe qu'on peut démarrer le 2. Une fois que c'est fait, le captain, qui est PF sur cette branche, me demande l'Aster start up check-list. On la déroule ensemble, puis je demande le roulage vers le point d'arrêt 09.

Le captain fait rouler l'avion, avec précaution tant qu'on est sur le parking, puisqu'il n'a pas été déneigé et qu'il est maintenant bien verglacé. Les taxiways, par contre, sont parfaitement dégagés. Au Bourget, on traverse systématiquement une piste au roulage, que ce soit pour décoller de la 09 ou de la 25, ou après avoir atterri sur la 07 ou la 27. Seule exception, quand on atterrit sur la 03 (qui est pleine de neige en ce moment, et donc fermée).

Parfois, le contrôleur sol nous autorise, dés le début du roulage, à traverser la 03-21 (si on part en 09) ou la 27 (si on part en 25), d'autres fois, il nous demande de maintenir au point d'arrêt.

Pendant le roulage, on fait les actions roulage, puis la taxi check et le briefing départ (qu'on prend soin d'interrompre si la traversée de poste 03-21 ou 27 a lieu avant qu'il ne soit terminé). En approchant le point d'arrêt, before line up procédure, puis check associée. Et une fois autorisé à l'alignement, before take off procédure et check lits. Et c'est parti.

Après le décollage, on poursuit sur l'axe de la piste 09 (086°) jusqu'à l'interception de la radiale 097 de BT, le VOR du Bourget, qu'on suit jusqu'à 13 NM de BT, puis virage droite. Dès que le contrôleur du Bourget nous a identifié radar, il nous passe avec De Gaulle.

Quand on est EVASAN, on a très rapidement une directe vers la destination. Aujourd'hui, le contrôleur de Paris Info n'a pas dû encore passer en mode papa Noël, parce qu'il nous laisse aller vers le VOR de l'Aigle, ce qui n'est pas très direct, puisqu'après LGL, le GPS nous montre un virage gauche quasiment à 90° pour aller sur Poitiers... Finalement, plusieurs caps donnés par le contrôle nous permettrons de raccourcir un petit poil et transformer le virage à 90° au frein à main à la verticale de LGL en courbe plus douce.

A Poitiers, le vent est légèrement arrière, mais bien en deçà de notre limitation à 10 noeuds, j'indique donc au contrôleur qu'on se posera en 21 pour gagner quelques minutes. Un des trucs importants qu'on apprend au CPL, c'est qu'il faut être le plus opérationnel possible, on n'est plus un pilote privé en balade (et je me rappelle l'avoir rappelé à un colibri en cours de mûrissement qui a fait quelques vols avec moi et qui voulait faire une verticale d'un terrain contrôlé :-) ). Ca devient particulièrement important en vol de transport d'organe, où chaque minute compte !

L'ambulance est déjà là et mon captain gare le Beech à quelques mètres. Une fois les médecins partis et notre départ préparé, nous regardons nos montres. Il est 19 heures, le soir de Noël. Première option : trouver un resto accessible à pieds. Après avoir pris les conseils de l'agent de sûreté qui nous accueilli gentiment dans son bureau et utilisé diverses applications sur l'iPhone, on part en expédition. Mais le vent est tellement glacial qu'on renonce très vite. Retour dans les locaux de la sûreté après un passage dans l'aérogare, déserte.


Option numéro 2 : se faire livrer une pizza pour avoir un truc chaud en plus de nos plateaux-repas froids. Oui, mais c'est le soir de Noël, et personne ne répond. On se contente donc de nos plateaux. Ils sont heureusement un peu améliorés aujourd'hui, avec du saumon fumé, de la mousse de je ne sais pas quoi, des crevettes et une très acceptable petite buche au chocolat. Tout ça arrosé d'un coca, pas d'alcool pour nous bien entendu.

21h25 locale, je commence le roulage vers la piste 03. Ce n'est pas un, mais deux organes que nous ramenons à Paris. Comme ça arrive quelquefois, le "Personne ne le prend, ce rein ? Bon, on l'embarque, ce serait dommage de gâcher !" a joué, et cet organe imprévu va pouvoir profiter à un patient en attente de greffe. Après être arrivé dans la capitale, il redescendra dans le sud par la ligne, sans doute transporté par un Air France.

On a rapidement une directe vers BALOD, et à 22h20 locale, je pose le Beech sur la piste 07. Je n'utilise pas les reverse, puisque, enneigement oblige, on doit dégager tout en bout de bande, et que les 3 kilomètres de la 07 sont bien longs pour le King Air... Le roulage est plus long aussi, forcément, et c'est à 22h30 que j'arrête les turbines.

Bon, en me dépêchant, ya moyen de m'accrocher en cours de repas. L'avion est rapidement entré dans le hangar, et c'est au chaud que je remets en place les protections et que je met un peu d'ordre dans la cabine avant de rejoindre le captain aux opérations. Je suis quasiment sur la pas de la porte et je pense déjà au goût du foie gras. Sauf que...

"Olivier, on repart !" Et merde... Je calcule rapidement de tête, et confirme à mon captain que ça va faire short pour l'amplitude et que nos opérations feraient mieux de déclencher l'autre équipage d'astreinte aujourd'hui. Bon, le réveillon va peut-être pouvoir être sauvé. Oui mais non, parce que l'autre équipage doit partir une heure après chercher un autre organe dans le sud.

Je pose donc mon sac et file dans le hangar pour faire la prévol et débâcher l'avion tant qu'il est dans la chaleur relative du hangar, plutôt que dans le vent glacial comme tout à l'heure.

Décollage prévu à 23 heures. On quitte le bloc à 00h20 (Oui, on passe beaucoup de temps à attendre les passagers, dans ce boulot...). Cette fois, c'est moi qui suis PF sur la branche aller vers Rennes. Décollage en 09, interception da la radiale 097 de BT, mais très vite le contrôleur de De Gaulle nous donne un cap 160. Puis interroge :

- IBJ224X, si vous poursuivez le virage vers le 270, vous pouvez éviter Paris ?
- Affirm, IBJ224X
- IBJ224X, poursuivez le virage vers le cap 270 et montez vers le niveau 70

Pendant que le captain collationne, je serre le virage et dès qu'il a fini de répondre au contrôleur, je lui demande si on va bien passer au nord du périph (que je ne vois pas de la place droite en étant en virage du même côté). Il me confirme que c'est bon. Après un virage à 180 degrés par rapport à notre axe de décollage, nous voici donc entre Paris et les arrivées du doublet sud de Roissy. Ca, c'est opérationnel !

On a rapidement une directe vers Rennes, et après 45 minutes en l'air, je pose le King Air sur la piste 28. Une fois les moteurs arrêtés, je passe à l'arrière et demande à la chirurgienne pour combien de temps elle pense en avoir. Et j'ai la désagréable surprise d'apprendre que l'organe n'est pas prélevé à Rennes, mais dans une petite ville de la campagne bretonne, à une bonne heure de route de l'aéroport, soit deux heures de plus au total par rapport au délai normal de prélèvement d'un foie (qui est déjà l'organe le plus long, puisqu'il est prélevé en dernier).

J'allume l'iPhone et consulte le site du NORAD. On a dû croiser le père Noël et son traîneau, puisqu'avant notre départ, il était en vol entre la Norvège et Amsterdam, et qu'à notre arrivée, il était entre les Canaries et les Açores, après être passé par Paris et Andorre. On ne l'a pas vu en tous cas !

Puis commence une longue attente dans l'avion. Nous essayons de dormir, mais malgré mon sac de couchage et le plaid par dessus, je suis plusieurs fois réveillé par le froid. Il fait -2° dehors, et l'avion n'est pas chauffé… C'est la partie la plus galère des missions organe l'hiver, et quand on se pèle grave en essayant de dormir, on a beau se dire qu'on aide à sauver des vies, le temps paraît bien long !

On passe ainsi plus de 6 heures à attendre dans le froid. Puis les médecins arrivent avec les glacières. On embarque alors que le moteur droit tourne déjà. Quand on démarre avec groupe de parc, on met en route le numéro 1 (à gauche) en premier, puisque le groupe se branche à droite. Par contre, quand on démarre en autonome, c'est d'abord le 2 (à droite), puisque la batterie est située dans l'aile droite, et donc plus proche du numéro 2.

C'est à 7h30 qu'on repart vers la capitale. Le contrôle de Brest nous donne une directe vers BALOD, puis Paris nous envoie sur SUBOX, ce qui nous raccourcit encore un peu. C'est moi qui fait la radio au retour, et en quittant chaque fréquence, au lieu de dire "au revoir" comme d'habitude, je dis "Joyeux Noël !" (et comme hier soir, ils sont nombreux sur la fréquence). Pendant la croisière, je branche mon iPhone sur le Clarity, et je me mets quelques chants de Noël. Le soleil se lève derrière la turbine droite du Beech, et sur une journée de Noël qui sera le début d'une nouvelle vie pour 5 personnes en attente de greffe...


Il fait beau sur Paris, et on a une belle vue sur les arrivées sur De Gaulle, à notre gauche, et sur La Défense, Paris, la tour Eiffel, Montparnasse, le dôme des Invalides, etc, sur notre droite. Atterrissage en 07, et à nouveau long roulage vers le parking, sur lequel les pompiers sont de passage pour leur inspection matinale.


Les médecins débarquent avec leurs glacières, les pistards entrent l'avion, je le bâche, nouveau petit ménage, un peu de paperasse, et je reprends enfin le chemin de la maison, où j'arrive à 9h15.

Je me couche pour ajouter quelques petites heures de sommeil aux 3 ou 4 que j'ai réussi à grappiller dans l'avion. Et, cette fois, dans un lit douillet et au chaud ! Et je me réveille juste à temps pour prendre une douche et me préparer pour le déjeuner du jour de Noël, qu'il n'était pas question de rater !

Moi qui espérais ne pas passer ma nuit du 24 décembre en vol, c'est plutôt raté. Mais pour cette toute première nuit de Noël passée en vol, j'ai la satisfaction d'avoir joué au père Noël pour des gens qui en avaient un besoin vital.

Grâce aux chirurgiens, aux coordinateurs, au contrôleurs et pompiers d'astreinte, aux conducteurs, et à mon captain et à moi-même, ce sont pas moins de 5 (grands) enfants qui ont trouvé dans leurs chaussons un organe tout neuf en ce jour de Noël. Certainement leur plus beau cadeau de Noël, puisque ce cadeau, c'est la vie !